L’histoire n’est que cela : l’effort de la vie qui ne s’arrête pas et ne se repose pas dans l’action faite, qui ne déclare jamais l’action faite, mais qui tire sans cesse de l’action les germes d’une nouvelle action. C’est ici la forme de défense la plus directe contre le mal que prenne le travail de l’histoire. L’histoire ne s’arrête pas comme le mal le voudrait : le vrai pacte du diable serait de parvenir à dire à l’instant, en tant que moment de la vie finie, « Arrête-toi ! Tu es si beau », et Méphistophélès, le mal dans l’histoire, cherche sans cesse à faire s’arrêter le sujet, à lui faire prononcer le mot définitif, mais le sujet, comme Faust, ne trouve jamais l’instant définitif, et ne se lasse jamais de trouver de nouvelles situations pour échapper à l’horrible pacte.


La législation considère l’homme comme il est, la philosophie comme il doit être.


Le sujet vainc en se déclarant vaincu, en reconnaissant qu’il ne peut pas vaincre par lui-même, que c’est seulement de l’infinie miséricorde de Dieu que peuvent venir la bonne volonté, l’aide et le salut. Dans cette ultime reconnaissance, le sujet atteint, autant qu’il est en lui, la vérité profonde de la vie : c’est comme s’il mourrait à lui-même, et dans cette mort qui est son acte de liberté le plus vrai, il trouve sa libération.