A un jeune homme tenté par l’écriture qui lui demande conseil, Bernanos répond : “Cela veut dire que vous serez un écrivain original, ou rien du tout.  Si le bon Dieu veut vraiment de vous un témoignage, il faut vous attendre à beaucoup travailler, à beaucoup souffrir, à douter de vous sans cesse, dans le succès comme dans l’insuccès. Car pris ainsi, le métier d’écrivain n’est plus un métier, c’est une aventure, et d’abord une aventure spirituelle. Toutes les aventures spirituelles sont des calvaires. Une vocation d’écrivain est souvent l’autre aspect d’une vocation sacerdotale. S’il en est ainsi pour vous, faîtes face, même aux premières déceptions — ce sont les plus cruelles — faîtes face courageusement et simplement. Faîtes face sans négliger pour autant un autre aspect — le troisième — de votre vocation d’homme, celui d’époux et de père qui vous fait un devoir de subvenir aux besoins de votre femme et de vos enfants (je puis vous écrire comme je fais, j’en ai élevé six et je n’ai pu ainsi écrire mon premier livre qu’à quarante ans).”