Pourquoi traite-on, en France, l’armée de Syrie en parente pauvre ? Je vous assure que nos hommes, pour peu versés qu’ils soient en politique, le sentent. Et ce n’est pas fait pour soutenir le moral. D’autant plus que, du même coup, l’ennemi se trouve encouragé.


La Légion !

Ce mot, pour tout esprit sensible au mystère, au courage, au hasard, a un pouvoir fascinant. Comment ne pas subir l’attrait de ces hommes au passé aboli et qui, dans les fatigues et les périls d’une guerre éternelle pour eux, trouvent leur refuge suprême ?


– Aimes-tu les Anglais ?

– Je leur suis reconnaissant de m’avoir forcé à connaître les Français.


On peut aussi bien désirer un roi qu’un parlement et il serait facile d’aligner une page de ces alternatives. Car nul pays n’est plus complexe, plus difficile, plus révolté par nature que la Syrie.

Mais il faut bien se rendre compte d’une chose, c’est que, quelque solution que l’on adopte, elle ne vaudra rien si elle n’est pas mise en œuvre par les deux seuls leviers qui jouent en Orient : la fermeté et la courtoisie. Par fermeté il faut entendre la force et l’argent ; par la courtoisie, le respect des traditions, des coutumes et une justice sommaire mais droite.


Il y a chez les musulmans quatre classes : les grands seigneurs, qui n’ont besoin ni d’argent ni de fonctions et qui ne demandent que de la courtoisie ; la petite noblesse, ruinée par la guerre, qui voudrait des fonctions, mais que l’on n’achète pas ; les gens qu’on achète ; enfin la masse qu’il faut mener au bâton.

Or, qu’ont fait les Français ? Ils ont donné du bâton aux grands seigneurs ; ils ont voulu acheter ceux qui ne demandaient que des places, donné des places à ceux qui voulaient de l’argent, et ils ont encensé la plèbe.