Presque tous les intellectuels français qui comptaient furent fascinés par le marxisme et y entraînèrent des foules. Peu ont fait amende honorable de leurs errements. Ce succès s’appuie sur le maintien paradoxal mais agissant d’un cadre mental chrétien à l’intérieur d’une doctrine radicalement athée : un paradis promis (sur terre), à établir (non plus par la charité mais par la justice), dans une communauté (le communisme imite l’Eglise), générosité apparente envers les pauvres (alors que le matérialisme et la dialectique marxistes rendent illusoires la liberté individuelle et donc aussi la générosité). Un certain athéisme sait rester catholique dans ses structures sinon dans son contenu, si bien que nombre de chrétiens s’y sentent à l’aise et s’y fourvoient.


Nous venons de vivre quarante ans accompagnés par une classe politique et culturelle surpeuplée d’anciens soixante-huitards, qui, après avoir péroré sur le concept de prolétariat, ont occupé tous les postes de pouvoir, y ont prospéré, grossi, s’y sont reproduits et enrichis, sans plus s’enquérir des prolétaires.


On se demande s’il serait possible pour un jeune peintre d’espérer le succès autrement qu’en professant le dogme suivant : l’art n’est plus une recherche du beau (puisque la “beauté” est déconstruite) mais l’expression de sa subjectivité. Il faut désormais s’exprimer, et non plus créer du beau.


La communauté chrétienne de mon village ou de mon quartier existe si je la rejoins ; l’église est ouverte si je viens y prier ; il y a des catéchistes si je me propose ; mes enfants demeurent chrétiens si je leur ai donné le spectacle de ma propre foi, par l’exemple et la parole, l’un et l’autre explicitement chrétiens et non par une vie honnête et routinière qui n’est plus chrétienne que par hasard. La communauté chrétienne n’existera que si des personnes acceptent de la composer et d’en porter le souci.


Refuser la primauté de l’objectivité sur la subjectivité, en pratique autant qu’en théorie ; refuser de respecter la nature naturelle et même la nature rationnelle, au profit de l’asservissement de toutes les choses à la volonté de puissance à la fois technologique et libertaire, c’est détruire dans la vie des hommes leur propre dignité, et donc leur possibilité de parvenir librement à la béatitude que Dieu leur promet.


Le monde n’est pas qu’une raison en train de s’effectuer, il est plutôt le concours des libertés en train de poser leurs choix.