On ne peut absolument pas séparer l’”être-là” (l’existence) de l’”être-tel” (l’essence) ; il n’y a pas d’existentia sans essentia. Et celui qui est épris, lui aussi, en regardant l’être aimé, a naturellement les deux devants les yeux ; il ne peut pas du tout faire abstraction du “ce que”, du projet, que l’autre est appelé à réaliser. Ce caractère de projet, ce qui est en vue “en fait” avec l’être aimé, seul l’appréhende peut-être le regard prévenant de celui qui aime ! Et peut-être en va-t-il également ainsi que l’amour, au moment d’accomplir son tout premier pas, s’enflamme à la vue de l’”être-tel” de l’être aimé, et donc, en effet, à la vue de ses “qualités” (beauté, charme, brillante intelligence), pour ensuite, quand il est vraiment devenu de l’amour, pénétrer jusqu’au coeur de la personne, retranché derrière ces qualités ; et les porte jusqu’au vrai sujet de cet acte insondable que nous appelons l’”exister”, jusqu’au moi le plus profond de l’être aimé, lequel demeure, les qualités aimables dussent-elles avoir disparu depuis longtemps, elles qui ont bien pu être une fois, tout à fait au commencement, comme une sorte de “raison” d’aimer.