Notre amour de Dieu vaut ce que vaut notre amour pour nos frères. Ce n’est pas n’importe quel amour fraternel qui reflète l’amour de Dieu : c’est celui qui n’a pas d’autre motif que l’amour de Jésus pour eux.


Il y a incompatibilité absolue entre le mouvement de recevoir et le mouvement de s’emparer – et le renoncement porte justement, non sur le bien convoité, mais sur la prétention de nous en emparer.

Si peu que ce soit : recevoir n’est pas moins actif que prendre – mais c’est une activité d’un autre ordre et qui, aux yeux de l’impatience humaine, ressemble fâcheusement à de la passivité.


Rien ne peut séparer de la charité du Christ, si ce n’est l’orgueil. Il est très difficile de parler de l’humilité, parce que c’est une vertu insaisissable : on ne la comprend pas, et secrètement on ne veut pas la comprendre. L’humilité n’est pas le mécontentement de soi. Ce n’est même pas l’aveu de notre misère ou de notre péché ni même, en un sens, de notre petitesse. L’humilité suppose au fond qu’on regarde Dieu avant de se regarder soi-même, et qu’on mesure l’abîme qui sépare le fini de l’infini. Mieux on voit cela (mieux on accepte de le voir), plus on est humble.


Bien souvent – les psychanalystes l’ont remarqué après saint Augustin – l’orgueil de la vie vient se fixer sur une certaine idée de nous-mêmes, un idéal que nous cherchons à atteindre à travers l’ambition ou la vertu, ce que Freud appelle « l’idéal du moi ». Cette « image de marque », nous pouvons la savourer à travers des plaisirs tout à fait banals (sexuels en particulier), mais nous pouvons la savourer aussi et mieux encore à travers « la volupté de l’honneur » et ce que Baudelaire appelle l’ivresse de la vertu, ivresse qui est l’âme de tous les cathares et de tous les pharisiens.