Quoi qu’en disent les pragmatiques à outrance, les utilitaires, ce que l’homme cherche tout le long de sa vie, ce qu’il poursuit plus que le pain et tout le bien-être matériel, c’est le savoir. L’essence même de notre vie est de tendre non pas à être mieux, mais à être plus. Pour être plus, il faut, d’abord, que nous sachions plus.


Jésus nous prêche la pureté, la charité, l’abnégation. Mais quel est l’effet spécifique de la pureté, sinon la concentration et la sublimation des puissances multiples de l’âme, l’unification de l’Homme en soi ? Qu’opère, à son tour, la charité, sinon la fusion des individus multiples en un seul corps et une seule âme, l’unification des Hommes entre eux ? Que représente, enfin, l’abnégation chrétienne, sinon la déconcentration de chaque Homme en faveur d’un Etre plus parfait et plus aimé, l’unification de tout en un ?


On ne convertit que ce qu’on aime : si le Chrétien n’est pas en pleine sympathie avec le monde naissant, s’il n’éprouve pas en lui-même les aspirations et les anxiétés du monde moderne, jamais il ne réalisera la synthèse libératrice entre la Terre et le Ciel d’où peut sortir la parousie du Christ Universel.


Sauf le Christianisme, nul mouvement spirituel n’a jamais compris et exalté autant que la Révolution le prix de la personne humaine. Malheureusement, entraînés par leur zèle pour la liberté, les apôtres de 89 n’ont pas vu que l’élément social ne prend sa pleine originalité et sa pleine valeur que dans un ensemble où il se différencie. Au lieu de se libérer, il a émancipé. Chaque cellule s’est par le fait crue autorisé à s’ériger en centre pour soi-même. De là l’éparpillement, condamné par les faits, des faux libéralismes intellectuels et sociaux. Et de là aussi le ruineux et impossible égalitarisme menaçant toute construction sérieuse d’une Terre nouvelle. La Démocratie, en donnant au peuple la direction du progrès, paraît satisfaire l’idée de la totalité. Elle n’en présente qu’une contrefaçon. Pour avoir confondu Individualisme et Personnalisme, Foule et Totalité, par émiettement et nivellement de la masse humaine, la Démocratie risquait de compromettre les espérances, nées avec elle, d’un Avenir humain. Voilà pourquoi elle a vu se séparer d’elle, à gauche, le Communisme, et se dresser contre elle, à droite, tous les Fascismes.


Pour que se construise entre Foi en Dieu et Foi en l’homme la résultante sous l’impulsion de laquelle, j’en suis persuadé, le Christianisme s’apprête à rebondir demain, ce ne sont pas des traités et des livres, ce sont des exemplaires humains qu’il nous faut : des hommes qui animés passionnément et simultanément des deux espèces de Foi, opèrent en eux-mêmes, dans un même cœur, la jonction des deux puissances mystiques, de façon à en présenter, autour d’eux, la synthèse réalisée.