Ceux qui savent pertinemment quelle est la gravité de notre situation financière, mais préfèrent la taire pour conquérir ou conserver le pouvoir, font preuve d’une hypocrisie que nos concitoyens perçoivent très bien et qui est au coeur de la crise politique autant que morale avec laquelle nous sommes aux prises.


Je préfère passer pour un terne plutôt que pour un illusionniste.


Évidemment, ces paysans ne peuvent qu’être humiliés par les milliers de règlements et les avalanches de contrôles qui leur sont imposés par des fonctionnaires qui font leur devoir mais qui ne pourront jamais comprendre les ressorts de leur vocation. Leurs modes de revendication ne les ont pas toujours rendus très populaires auprès des Français, mais c’est pour leur survie qu’ils se battent. Pour eux, pas d’indemnité de chômage, pas de trente-cinq heures, pas de code du travail, et souvent pas de retraite décente. Quand ils descendent dans la rue avec leurs tracteurs, c’est parce que les cours de leurs productions ne couvrent plus depuis longtemps leurs dépenses et que cela fait des mois qu’ils ne se sont pas versé le moindre salaire.


Il faut être conscient que lorsqu’on subventionne la réduction du temps de travail, le départ à la retraite anticipée, l’indemnisation sans condition du chômage et les nombreuses journées d’arrêt maladie dans les fonctions publiques, on ne peut le faire qu’au détriment d’une politique ambitieuse d’aménagement du territoire et de relance de l’activité dans les zones rurales.


La France n’est pas qu’un territoire. Elle est un idéal qui fascine encore le monde malgré les erreurs de ses gouvernants et les rides de sa société. Dans la République, personne n’est moins français qu’un autre. Le miracle de la citoyenneté peut faire d’un homme né à des milliers de kilomètres de l’Hexagone l’héritier à part entière du pays des Lumières, de la longue histoire d’une France qui n’a jamais cessé de croire à son exceptionnel destin.