L’idéologie qui dicte la réforme du collège est celle qui inspire toutes les précédentes réformes depuis vingt ans : une idéologie purement utilitariste qui ne voit dans l’éducation que la valorisation d’un capital humain strictement individuel mais qui nourrira la croissance globale. Égoïsme privé, vertus publiques… Ou plutôt rendement public, puisque c’est bien la seule notion qui vaille : les dépenses d’éducation ne se justifient que parce qu’elles contribuent à la production de richesse.


Désormais, l’entreprise n’a plus qu’une priorité : la valorisation du capital par son inflation boursière. On assiste ainsi à une transformation de l’essence même du capital. Il n’est plus un moyen de produire des biens et des services pour les individus et la collectivité. Il est devenu une fin en soi.


Le phénomène marquant de cette dernière décennie est la précarisation du travail, la multiplication du temps partiel, l’intérim, l’autoentrepreneuriat.


Ce que l’on a appelé l’ubérisation du monde est en fait la mise en concurrence totale de chacun. Un combat qui peut paraître populaire, parce que ainsi on s’attaque à des petits monopoles, des professions réglementées, des secteurs protégés, des rentes de situation. Le numérique casse toutes les règles du jeu. Au même titre que le libre-échange absolu. Il ne faut pas être dupe. En filigrane, c’est tout un modèle juridique, économique, social, qui s’impose.


Sans doute les dirigeants de la Silicon Valley devraient-ils abandonner quelques instants leurs équations pour se pencher sur la sagesse universelle qui, des philosophies orientales aux Grecs en passant par les religions abrahamiques, avertissent systématiquement sur les risques liés à l’hubris, la démesure. Les conséquences de cette déraison sont toujours catastrophiques.


Le sommet de l’efficacité ne consiste pas à interdire quelque chose mais à organiser les conditions pour que cette chose n’existe pas. Ce principe s’applique à la perfection aux idées et au façonnement des personnalités, des pensées et des comportements. Casser la puissance d’un concept consiste à le rendre illégitime.


La fiscalité, l’élaboration de nouvelles règles pour les multinationales doivent être au centre du projet européen et des propositions que la France pourrait faire. Obligation, pour tous les grands groupes,  comme le suggère l’OCDE, de publier leurs comptes, pays par pays (chiffre d’affaires, bénéfices, impôts, effectifs). Application du principe selon lequel l’impôt est dû, là où la vente et la valeur ajoutée se réalisent.


Libéralisme et protection ne sont pas forcément antinomiques. Oui aux règles du marché. Non à la loi de la jungle.


Le local et le mondial doivent s’imposer sur le global. Le local, ce sont les circuits courts qui permettent au producteur et au consommateur de retrouver des produits bon marché de qualité. C’est particulièrement vrai pour l’agriculture qui doit redevenir le domaine d’excellence de la France. Car il n’est pas de France, au sens historique et culturel du terme, sans une agriculture puissante, et surtout diverse. Puissante, parce que diverse et de qualité.