Il est sur terre deux races d’homme. La première – d’un nombre étouffant – se contente d’assouvir les besoins élémentaires de l’existence. Les préoccupations matérielles, les soucis familiaux bornent son champ. L’amour, parfois, y projette son ombre, mais strictement égoïste et ramené à l’échelle du reste.

L’autre race, quoique soumise au joug de la faim, du plaisir charnel et de la tendresse, porte plus loin et plus haut son ambition. Pour s’épanouir et simplement pour respirer, elle a besoin d’un climat plus beau, plus pur et spirituel. Il lui faut dénouer les limites ordinaires, exalter l’être au-delà de lui-même, le soumettre à quelque grande force invisible et le hausser jusqu’à elle. La pauvreté de l’homme la blesse, la désespère. L’inaccessible seul l’attire comme le rachat et la victoire sur l’humaine condition.


Son retrait sur lui-même, sa précoce méditation, l’amour des livres, la passion des arts, tout trahissait chez Mermoz la nécessité mystique.


Un saint ne naît jamais armé de la sainteté comme d’une cuirasse. Un héros ne sort jamais tout cuit d’un moule fabriqué à l’avance. La grandeur de l’homme est dans sa complexité.


Rien ne trempe la volonté, comme les faiblesses, les défaillances pour qui peut les surmonter. C’est à travers leurs molles séductions qu’elle se forge.


Mermoz y avait eu, aux dépens de sa joie et de sa paix intérieures, le spectacle du snobisme, de la lâcheté et de l’affreux combat qui se livre sans cesse pour de vains honneurs et la cupidité. La puissance de l’argent, la fausseté des salons, la félonie des hommes en place, l’avaient terrifié et surtout, chez la plupart des êtres, l’indifférence, l’atonie, le manque de passion, le contentement d’une existence de ruminants.