L’angoisse est indissociable de notre humanité. Dans certaines conditions, elle peut devenir source d’énergie créatrice et nous conduire sur de nouveaux chemins, nous mener vers de nouveaux accomplissements, ou nous pousser à chercher la justice et la vérité. Les artistes, les poètes, les mystiques, les prophètes, ceux qui ne semblent pas trouver leur place dans notre monde ou dans la société telle qu’elle est, sont souvent des gens qui se sentent seuls. Ils se sentent différents, insatisfaits du statu quo et de la médiocrité ambiante, insatisfaits de notre monde de compétition où tant d’énergie est gaspillée pour des choses éphémères. Ceux qui se révoltent contre l’injustice et cherchent à changer la société sont souvent des hommes et des femmes seuls, en qui brûle une flamme alimentée par cette angoisse fondamentale.


Pour moi, prier c’est plus encore : c’est rencontrer Celui qui m’aime, qui me révèle ma valeur cachée et me redit que je suis appelé à être une source de vie pour d’autres ; c’est rencontrer Celui qui nous aime tous, et qui nous appelle à plus de compassion et d’amour.


Nier notre faiblesse et la mort, vouloir rester forts et puissants équivaut à rejeter une partie de notre être ; nous vivons alors dans l’illusion. Être humain, c’est accepter la cohabitation en nous de la force et de la faiblesse. C’est accepter et aimer les autres tels qu’ils sont, avec leurs forces et leurs faiblesses. C’est être liés ensemble avec nos forces et nos faiblesses réciproques, et notre besoin les uns des autres. La faiblesse reconnue, acceptée et offerte est à l’origine de l’appartenance, et donc de la communion entre les personnes.


Aimer pour moi signifiait être généreux, faire du bien aux autres. Je ne savais pas encore qu’à travers notre amour nous pouvons révéler à un autre sa valeur intrinsèque, sa beauté et son importance.


Dieu est présent au plus profond de notre être, au-delà de nos besoins compulsifs de pouvoir et d’admiration, de nos peurs du rejet et de nos sentiments de culpabilité. Il nous révèle ce qu’il y a de plus précieux et d’unique en nous, caché au plus profond de notre être. Notre coeur humain en effet est inquiet, assoiffé de plénitude et d’infini. Il ne peut se satisfaire du limité, du fini. Depuis ses origines, l’humanité cherche à aller plus loin, plus haut, plus profond, à la découverte du sens caché de notre univers. Puis, un jour, il y a cette révélation de Dieu, caché au fond de notre coeur, qui nous aime, nous repose et nous appelle à nous engager dans l’amour et la fidélité envers nos frères et nos soeurs en humanité.


Nous avons tous tendance à porter des masques de supériorité ou d’infériorité, masques de puissant ou de victime. Ce n’est pas facile de laisser tomber ces masques pour découvrir en nous le petit enfant assoiffé de compréhension, d’amour et de lumière, qui a peur d’être blessé. Le pardon nécessite que nous retirions nos masques, pour nous accepter comme nous sommes réellement : des êtres qui ont été blessés et qui ont blessé.

Pour se pardonner à soi-même, il faut s’accepter tel qu’on est. La perte de la fausse image de soi, qui permettait de se croire supérieur et de cacher ses fragilités et ses fautes, peut réveiller une angoisse et une souffrance intérieure. Nous ne pouvons accepter cette souffrance que si nous découvrons, cachée sous ses masques et ces brisures de notre être, notre vraie personne profonde, plus belle que celle que nous avions imaginée. En prenant conscience de notre pauvreté intérieure, nous n’avons plus besoin de tomber dans la dépression. En prenant conscience de notre beauté, nous n’avons plus besoin de nous croire le centre de l’univers. La découverte de notre beauté et de nos brisures nous permet de mieux voir la beauté des autres, cachée sous leurs brisures.