Ici et là, des catholiques cohabitent avec des identitaires, imaginent parfois les évangéliser quand ce sont eux qui les identitarisent. Que cette influence s’exerce en application d’une stratégie d’entrisme délibérée ou par simple capillarité, elle doit être pointée comme telle au grand jour, et devrait être dénoncée comme le furent les multiples tentatives de récupération politique du catholicisme par des doctrines incompatibles au cours du XXe siècle. Mais la problématique identitaire ne se limite pas à son action politique visible. Elle se pose encore avec la tentation identitaire qui nous guette tous, comme une pathologie de l’identité. Car ce n’est pas la déférence pour notre Histoire, la révérence pour nos aînés, le goût du patrimoine et des vieilles pierres qui est en cause, c’est la dévitalisation du christianisme que, pour notre foi, nous ne pouvons tolérer, et le morcellement du corps social que, promoteurs du bien commun, nous ne pouvons endosser.


Allons-nous, chrétiens, pousser la roue de la concasseuse démoniaque, contribuer à ce grand désastre par notre propre dérive identitaire ? Allons-nous avaliser le morcellement du pays par une telle posture ? Ne valons-nous pas mieux que cela ? C’est une solution de facilité qui nous est tendue, une tentation au sens plein du terme, une corruption peut-être : tirer parti nous-même de la stratégie identitaire, pour réclamer nos droits propres, notre considération, et prendre notre part au grand “victimologe” républicain. C’est bien l’idée qui séduit tant et plus de chrétiens : nous sommes désormais une communauté, une minorité, une identité comme une autre, et nous devons agir comme tels. Nous avons vécu un insensible glissement : nous dénoncions la concurrence victimaire, nous sommes désormais assis à la table du jeu.


Quel sens a la foi si elle relève strictement de mon identité, une identité reçue, non choisie et incontournable ? Quelle valeur a-t-elle si elle n’est que le produit d’un héritage ? Si elle n’est que le legs de ma culture, de ma terre, mon sang, voire ma couleur de peau ? Cet identitarisme anéantit la foi, la dévalue radicalement, en lui ôtant ce qui la rend juste et belle : la liberté. L’identitarisme calcifie, fige la personne, en même temps d’ailleurs qu’il fractionne le corps social en autant de groupes entre lesquels toute circulation est interdite.