Qui accepte de suivre le Christ et de se faire le serviteur de ses frères peut passer pour un esclave. Mais, en vérité, c’est un homme libre. En apparence il se ligote lui-même, alors qu’au fond il choisit la liberté suprême en recevant de Dieu la grâce de mettre sa vie au service d’un amour d’autant plus beau qu’il est désintéressé.


Quand le peuple s’est déjà, dans son cœur, détaché de l’Évangile, les prêtres en éprouvent inéluctablement le contrecoup. Car ils font partie du peuple, comme baptisés et comme ministres des communautés. Il ne faut pas sous-estimer le poids de cette dépendance réciproque. Si la barque penche d’un bord, les prêtres, pour remplir leur mission, doivent non pas se précipiter sur l’autre bord (ce qui serait la façon selon les hommes de rééquilibrer l’embarcation), mais plutôt s’arrimer à l’Évangile avec la force de l’Esprit Saint.


Sans pardon reçu de Dieu, sans pardon mutuel, sans l’humble aveu du péché personnel, nous serons tentés de transformer l’absolu de Dieu et de son amour en l’absolu humain de nos ambitions et de nos désirs. Les passions prendront alors la place du pardon. C’est ainsi que naît le fanatisme.


On s’imagine volontiers que l’héroïsme consiste à risquer sa vie. Le courage de l’amour serait alors d’accepter de tout perdre, car ce serait en un sens plus beau et plus grand.

Mais ce n’est pas du tout ce que Jésus enseigne ! L’amour tel qu’il en révèle la profondeur et l’efficacité ne réside pas dans la destruction de soi mais dans l’accomplissement de soi par le don de soi-même. Se donner n’est pas se réduire à néant mais vivre. Aimer jusqu’au bout, comme Jésus l’a fait, ce n’est pas cesser d’exister mais entrer dans la Vie même en traversant la mort.