On arrive au pouvoir avec une idée de ce que veulent les gens. On se met au travail. Pendant ce temps, les gens commencent à regarder autre chose. Aux affaires, il ne faut pas six mois pour devenir sourd. Les meilleurs le deviennent après quelques années. Ils ne font pas forcément des bêtises. Simplement, peu à peu, ils sont décalés. Au bout d’un certain temps, plus personne ne supporte ce décalage.


Au XVIIe siècle, d’immenses espaces à défricher ont surgi du néant. C’était l’Amérique, l’Inde ou l’Asie, que nos bateaux mettaient subitement à notre portée. Aujourd’hui, les espaces à défricher sont sous l’eau : nos technologies peuvent désormais extraire des fonds marins des matériaux comme le sable, les diamants, le pétrole ou les terres rares. Les océans couvrent les deux tiers de la planète. Il a fallu près de quatre siècles pour absorber la découverte de l’Amérique, grande comme une fois et demie l’Europe. Or, les richesses océaniques s’étalent sur une superficie deux fois plus grande que l’ensemble des continents.


L’apparition du fanatisme nihiliste dont nous parlons coïncide surtout avec la déchristianisation de l’Europe. L’étiage de la civilisation apparaît au fur et à mesure que deviennent adultes des générations qui ont de moins en moins baigné dans la catéchèse. Face à la barbarie, la morale individuelle constitue la meilleure défense. Mais aucune morale ne résiste s’il manque un principe supérieur incontesté, qui reste affranchi de la pensée à la mode.