S’il manque une véritable place réservée aux femmes dans l’Eglise, c’est dans cette restitution de leur première mission d’apôtre des apôtres, d’inspirées, d’initiatrices, de celles qui enseignent aux disciples. Ainsi, je crois qu’il faudrait moins de femmes invisibles et plus de femmes de sagesse, pour enseigner dans les séminaires, plus de femmes pour éclairer le sens des Ecritures saintes, plus de femmes pour conseiller les prêtres, les évêques, les pasteurs. Il s’agit pour les pasteurs d’apprendre, durant leur formation et leur ministère, à continuer de grandir en humilité dans leur rapport aux femmes, dans un réel accueil de leur parole, de leur expérience sensible du divin, en se laissant toucher et émerveiller comme le Christ le fut par les femmes.


L’enjeu est-il l’égalité en tout, partout, pour tout, sans distinction, ou l’enjeu n’est-il pas dans cette recherche d’une grandeur propre à la femme et d’une valorisation de ce qui émane du féminin ? Faut-il que les femmes deviennent des hommes comme les autres pour se sentir dignes, pour se reconnaître de la valeur ? La femme sans se regarder dans le miroir de l’homme n’aurait-elle aucune valeur, aucune dignité, aucune force propre ?


L’une des blessures les plus vivaces qui atteint les femmes est la mésestime de soi. Rares sont les femmes qui s’aiment vraiment et croient réellement en leur valeur. Une petite voix intérieure semble toujours murmurer : « Tu es trop ceci, tu n’es pas assez cela. » Cette blessure brise toute tentative pour l’amour de soi de s’établir vaille que vaille.


Dieu n’a que nos mains pour faire ce qu’il y a à faire sur cette terre, il n’a que notre visage pour se donner à voir. Dieu habite ce corps par lequel je communique son Amour. On dit que l’amour rend toute femme belle. Notre corps n’a pas besoin d’être parfait pour être beau, il a besoin de s’ouvrir à cette présence de l’Esprit qui lui donne une vraie qualité de lumière.

Je crois que si les femmes sont en proportion plus spirituelles que les hommes, c’est parce qu’elles sont profondément reliées à leur corps, et à cette intériorité de la vie du corps. Elles ne se contentent pas de penser, elles ressentent. Or, le mystère s’effleure, il ne dissèque pas.


Notre sensibilité nous met au contact du monde, par elle le cœur saigne, par elle le cœur s’ouvre. Si j’aime la poésie, c’est que dans la poésie il ne s’agit pas d’ordonner les mots pour qu’ils raisonnent, mais pour qu’ils résonnent et touchent notre sensibilité. L’extrême sensibilité est souvent considérée comme une fragilité, car un être sensible s’émeut de tout, réagit à tout, est à fleur de peau. Dans un monde saturé d’informations plus terribles les unes que les autres, la tentation est grande de couper l’accès à cette sensibilité, de fermer son cœur pour ne plus trembler à chaque seconde. Pourtant, la sensibilité, si elle nous fait trembler, nous fait aussi éprouver, sentir, vibrer et tressaillir. Posséder une grande sensibilité est un grand don, même s’il s’agit parfois de la pacifier.

La sensibilité mène à la contemplation, elle éveille à la beauté. C’est par la sensibilité que l’on se laisse toucher par une musique, par un tableau, par le spectacle éblouissant du lever du soleil. Sans la sensibilité, nous passerions à côté de ces cadeaux qui élargissent notre cœur.


La foi n’a rien à voir avec la crédulité, elle émane de l’ouverture et de la confiance, de l’intuition que nous ne savons pas tout, que la vie et la création sont un miracle et un mystère. Or, l’intériorité est reliée au féminin. Plus les femmes auront renoué avec leur féminin, plus elles joueront un rôle prophétique dans notre monde. Je crois en effet que notre monde actuel meurt de n’être qu’extériorité, et de ne faire grandir l’Homme que par l’extérieur. L’épuisement de nos ressources naturelles, leur exploitation déraisonnable, les folies des nouvelles technologies nous alertent. Nous tentons de tout maîtriser par l’extérieur et nous courrons à la catastrophe. Nous avons oublié ce qu’était l’Éternité, nous l’avons confondu avec la perpétuité (l’intelligence artificielle ou le transhumanisme, par exemple, reposent souvent sur une conception de l’immortalité qui a trait à la perpétuité ; nous faire vivre indéfiniment dans une conception de la réalité qui est limitée). Or, l’Homme est invité à vivre un destin tellement plus digne – trait d’union entre le Ciel et la Terre ; libre et créateur.

Le temps est venu de faire découvrir à l’Homme les champs illimités de la vie intérieure. Notre monde a besoin d’intériorité, c’est le seul recours. Si les femmes sont l’âme du monde, quelle prodigieuse mission !


Il n’est pas toujours évident de savoir ce dont on a véritablement envie, ce qui nous meut. On peut se laisser piéger par de faux désirs : parfois, le succès ou la réussite nous font persévérer dans un chemin qui ne nous correspond pas mais qui procure une forme de satisfaction, de sécurité ou de reconnaissance. On peut se laisser influencer par les réalisations que d’autres projettent sur nous. Cela ne fait pas pour autant disparaître cette voix qui soupire en nous et qui a soif d’autre chose. On peut se laisser piéger aussi par la comparaison, lorgner sur le jardin du voisin, imiter ou copier. On s’égare encore.


Être un homme c’est sortir de la flemme d’aimer, des facilités, de la consommation qui étouffent le désir. Vincent Cespedes parle de cette « flemme d’aimer » dans laquelle s’emmurent les hommes ; flemme du désir, flemme de conquérir, saturation d’images virtuelles, de satisfactions faciles et immédiates, crainte de la rencontre qui bouscule et allume. Être un homme c’est retrouver l’envie, le courage, la fermeté et le désir fou.


J’observe aujourd’hui que dans la vie professionnelle, notamment, la particularité du rythme biologique des femmes a été complètement niée. On peut penser que c’est pour le mieux, car trop de soupçons se portaient sur la capacité des femmes à pouvoir travailler comme un homme. Au contraire, les femmes sont souvent multitâches, travaillant efficacement pour des salaires moindres. Néanmoins, en niant cette spécificité, on nie la spécificité des femmes et la répartition inégale de l’énergie sur un mois – quoi que cela ne touche pas toutes les femmes avec la même intensité. Toujours est-il que ce sujet précis est symptomatique d’une société qui n’accorde aucune attention à la vulnérabilité et à la différence.


La femme s’emmure dans le contrôle par crainte d’être meurtrie, l’homme dans la dureté ou dans l’endormissement par crainte d’échouer.