Dieu est une rencontre que chacun doit faire en soi. Et, en vérité, tout être est croyant qui s’efface devant cet Autre en soi, qui vaut infiniment mieux que soi et qui lui est plus intime que son âme : quelque nom d’ailleurs qu’il donne à la Présence lumineuse qui l’habite. Certains se disent athées qui la servent dans la droiture de leur vie. D’autres, en revanche, se disent croyants, qui ne mettent, sous son nom, que la figure magnifiée de leur ignorance ou de leurs passions.

« Dieu, dit admirablement Louis Massignon, Dieu n’est pas une invention, c’est une découverte. »


Le monde est créé du côté de Dieu, il n’est pas encore achevé du côté de l’homme. Nous ne saurons ce qu’il doit être qu’après avoir donné ce consentement de notre liberté qui en fera une oblation d’amour.

La religion n’est pas l’attente passive d’une béatitude extérieure à l’esprit, mais la création avec Dieu et à son image d’un monde de lumière, de joie et de beauté.


Toutes solidaires les unes des autres matériellement, les nations n’ont pas encore suffisamment perçu dans cette interdépendance même l’existence d’un lien plus profond et comme une vocation d’humanité.

Un idéalisme très louable sans doute anime quelques grandes institutions internationales et fermente en des discours généreux, mais trop éloigné de la vie matérielle pour répondre à ses exigences et pas assez proche de la vie spirituelle pour empoigner les âmes.


L’Église n’est ni une affaire ni un parti, elle n’est liée à aucun régime, elle n’est solidaire d’aucun ordre établi tant que ne s’y réalise point la perfection de la justice et de l’amour. Elle n’a aucune frontière, ni de nation, ni de langue, ni de race.

Elle est catholique, c’est-à-dire universelle, comme le cœur du Seigneur. Sa tâche propre est d’amorcer le Royaume de Dieu, de susciter l’humanité-Esprit, en déposant en chaque âme ce ferment d’amour qui l’ouvrira à l’invitation mystérieuse d’une Présence infinie, en l’identifiant toujours plus parfaitement au Christ Jésus.

C’est par là seulement, par le développement de notre intimité avec le Christ Sauveur, que se réalisera l’unité véritable du genre humain, quand chacun de nous aura un coeur universel et se sentira personnellement responsable du sort de chacun de ses frères.

On ne peut être catholique sans consentir à ce programme.


Les hommes qui disent quelque chose ne sont pas très nombreux : ceux qui écoutent sont encore plus rares.

L’esprit ne veut pas être contraint : l’âme ne se livre qu’à l’âme.

Combien de discussions – entre peuples aussi bien qu’entre individus – s’égarent dans les clameurs de l’amour-propre ou dans les subtilités de la mauvaise foi, parce que les mots s’abattent du dehors, comme des coups de bélier, au lieu de naître du silence, comme les témoins de la Vérité.

L’esprit, au fond, ne demande qu’à se donner à elle, car elle est son bien. Mais il ne peut la reconnaître comme telle, si elle lui est assénée comme une menace.


Si vous ne pouvez plus rien faire, si vous êtes infirme et seul, si l’on vous a remplacé par une machine comme on le ferait d’un outil, vous demeurez toujours capable de l’action qu’une âme vivante peut seule accomplir, et sans laquelle toute notre civilisation matérielle n’est qu’une immense barbarie : aimer.

A quoi sert que les hommes puissent communiquer d’un pôle à l’autre en l’espace d’un éclair, s’ils n’ont plus rien d’essentiel à se dire, s’ils sont également vides de l’unique nécessaire ?

Et quel avantage à ce qu’ils disposent tous de la même technique s’il n’en doit résulter qu’une concurrence plus meurtrière et une misère plus générale ?

Il n’y a que l’esprit de pauvreté qui use bien de la richesse, il n’y a que le désintéressement de l’amour qui rend clairvoyant.