En Joseph, se résume ce qu’il y avait de plus pur dans la justice, la sagesse, la « pauvreté » des hommes de Dieu de l’Ancien Testament. Ne nous laissons pas tromper par le silence et l’obscurité où il s’abîme. D’autres ont été plus célèbres, aucun n’a été plus grand. Dieu a préféré qu’il meure à l’action et à la parole pour être voué corps et âme à Marie et à Jésus. Ainsi voit-on des hommes promis à la gloire de l’intelligence ou du pouvoir s’enfouir dans un monastère où ils seront oubliés. La vie contemplative n’est pas le refuge des inadaptés, des malingres, des peureux, des pense-petit ; elle est une solitude peuplée de Dieu, où seul compte l’unique nécessaire.


Dieu avait inspiré à Marie de rester vierge ; Dieu lui demande aujourd’hui d’avoir un enfant ; Dieu ne se contredit pas, mais il fallait qu’en choisissant la virginité, elle renonçât à être mère pour pouvoir le devenir aujourd’hui. Elle découvre qu’on ne possède jamais (mais alors au centuple) que ce qu’on donne. Parce qu’elle a renoncé délibérément aux joies pures et fortes de la maternité, elle les retrouvera et les éprouvera comme jamais aucune mère ne les a connues.


Tout foyer chrétien a une mission, dans le prolongement de celle que Dieu confia au foyer de Joseph et de Marie : la mission de contribuer à la croissance du Corps mystique du Christ.


L’épreuve est souvent un moyen que Dieu utilise pour aider ses enfants à se libérer. Qu’ils sachent donc y voir une occasion, offerte à leur amour et à leur confiance envers lui, de s’affirmer, de s’affiner, de se dépasser. C’est le propre du vrai fils de Dieu de discerner, au-delà de l’aspect douloureux de l’épreuve, une proposition d’amour de son Père.


Comprendra-t-on enfin, en contemplant cet îlot de bonheur que fut le foyer de Nazareth, que le bonheur n’est pas suspect aux yeux de Dieu, mais seulement l’enlisement dans le plaisir, la préférence des joies de la terre au bonheur de Dieu. Dieu ne demande qu’à donner le centuple : il n’est pas avare de ses richesses. Mais il ne le peut que bien rarement car, de ses dons, ses enfants se hâtent de faire des idoles auxquelles ils s’asservissent.