Il a servi son roi, son pays, de toutes les façons, sur l’eau et sur le continent, en toutes les saisons et sous tous les climats, au milieu des frimas et sous des cieux torrides. Mais servir est l’affaire de la jeunesse, et à l’approche de la trente-sixième année Magellan trouve qu’il s’est assez longtemps sacrifié pour l’intérêt et la gloire des autres. Comme tous les créateurs, il aspire vers le milieu de l’existence à voler de ses propres ailes et à vivre pour lui-même. Sa patrie l’a abandonné, il se trouve dégagé de toute charge et de tout devoir envers elle. Tant mieux ! Le voilà libre. Souvent la main qui veut repousser un homme le rend en réalité à lui-même.


L’homme qui crée est soumis à une loi plus haute que la loi nationale. Celui qui a une oeuvre à accomplir, une découverte à faire ou un exploit à réaliser qui intéressent l’humanité entière, celui-là sa vraie patrie ce n’est pas le pays où il est né mais son oeuvre elle-même.