La vue du drapeau français qui flottait sur la plus haute case du poste, en l’honneur de la fête nationale, suffit à me reposer de la longue marche nocturne que j’avais dû fournir. Les tirailleurs dans leurs plus beaux habits allaient et venaient devant la porte, naïvement décorée de papiers découpés. Cette touchante évocation de la patrie, à l’extrême limite des terres françaises, me parut infiniment douce. Tout de suite, malgré la simplicité du décor, je me trouvais rattaché à la civilisation, à la plus douce, à la plus humaine, à la plus harmonieuse de toutes. Certes, ce ne sera pas à Atar que je tiédirai et m’affaiblirai. Ici plus qu’ailleurs, je veux être tout entier à cette France qui est la France de Jeanne d’Arc, de Pascal et de Bossuet, qui est avant tout la France militaire et chrétienne. Singulière chose que cette liaison éternelle à laquelle je reviens obstinément ! On peut le dire sans paradoxe : nul n’est pleinement Français, s’il n’est avant tout catholique. Ce qui est requis pour la qualité de Français, c’est la foi de saint Louis et de Jeanne d’Arc, sinon leur sainteté. Combien pensent comme moi et n’osent pas le dire, en ce jour qui commémore l’acte le plus bassement démagogique qu’ait conservé l’histoire !


Depuis six ans que j’ai fait connaissance avec les musulmans d’Afrique, je me suis rendu compte de la folie de certains modernes, qui veulent séparer la race française de la religion qui l’a faite ce qu’elle est et d’où vient toute sa grandeur. Auprès de gens aussi portés à la méditation métaphysique que les musulmans du Sahara, cette erreur peut avoir de funestes conséquences. J’en ai acquis la conviction : nous ne paraîtrons grands auprès d’eux qu’autant qu’ils connaîtront la grandeur de notre religion. Nous ne nous imposerons à eux qu’autant que la puissance de notre foi s’imposera à leur regard.