Un peuple peut exister, ou plutôt persister, sans gouvernement choisi par lui, sans institutions nées dans son sein, à la rigueur sans terre qui lui appartienne. Mais s’il ne possède pas de langue qui lui soit propre, c’est un peuple mort.

La langue est l’expression la plus profonde, la plus élémentaire, du génie d’une race. C’est elle qui forme l’intelligence et la coule dans un même creuset. C’est elle qui donne une nuance pareille et particulière aux sensibilités. C’est le seul lien qui soit sans défaut, et c’est aussi le suprême réduit pour la défense d’une nation vaincue.


Un jour, à l’orée de l’ère chrétienne, la volonté de Rome jeta ce peuple à tous les vents. Les racines en semblaient arrachées pour toujours de cette terre. Près de vingt siècles passèrent. Et les vents de tous les pays, de tous les horizons avaient rapporté ici les semences de ce peuple indestructible et elles avaient repris racine avec une rapidité et une force prodigieuses. Et l’arbre avait repoussé et le peuple juif était de nouveau chez lui, en terre, en Etat d’Israël.


D’un côté, il y avait les Etats arabes sans cohésion, uniquement menés par les ambitions de leurs maîtres et dont les troupes, parce qu’elles ne savaient pas pourquoi elles se battaient, se battaient mal.

De l’autre côté, il y avait cet extraordinaire peuple juif, sorte de légion étrangère qui s’était assemblée sur le sol des ancêtres, qui avait retrouvé pour langage commun la plus vieille des langues mortes, et nourrissait pour ce sol et cette langue le respect, l’attachement, l’amour passionné des hommes qui voient pousser une maison, croître un arbre, fleurir un jardin nés de leurs mains.

Les hommes de ce peuple ne luttaient pas pour les conquêtes ou des avantages économiques ou des convoitises politiques. Il défendaient leur vie profonde et toute nue. Et ils disaient :

– Nous possédons la plus sûre des armes secrètes. Elle tient en deux mots :

« Où aller ? »