Le propre du XVIIIe siècle est la diffusion extrêmement rapide, sous une forme facile et agréable, des idées lancées par les philosophes ; la mode et le bon ton sont en faveur de l’abandon de la pensée chrétienne, jugée surannée, inacceptable pour des esprits éclairés ; elle est bonne tout au plus à moraliser les masses incultes et à les maintenir dans le devoir. Les philosophes constituent une puissance sociale ; rarement l’opinion du public cultivé a été aussi immédiatement à leur remorque. L’atmosphère du siècle est profondément anti-chrétienne et plus encore anti-catholique. Il y a la religion de la science, la religion du sentiment, la religion de l’Etre suprême même, mais la religion enseignée par l’Eglise fait sourire.


Le contraste est frappant entre la légèreté de l’élite qui, par snobisme intellectuel, se met à la remorque des idées subversives, sans penser à leurs conséquences, l’immoralité et l’érotisme éhonté des classes favorisées, et l’honnêteté foncière, le sens du devoir, l’esprit chrétien d’un multitude de croyants qui vivent leur foi profondément.


Les théoriciens de l’ordre nouveau, souvent opposés entre eux, se rencontrent dans leur commun optimisme pour affirmer leur croyance en la raison, en la liberté, en la bonté de l’homme, en sa capacité de prendre en mains ses destinées, au lieu de se plier aux vieilles disciplines ; ils voient dans le christianisme un produit de l’esprit humain et non des meilleurs.

Cette mentalité est celle de nombre des constituants de 1789 ; leur premier soin est de rédiger une « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen », aboutissement de l’humanisme nouveau, machine de guerre pour déterminer l’avenir ; la Déclaration est d’essence individualiste, conçue comme une protestation contre l’absolutisme monarchique ; c’est là sa faiblesse, car elle part d’une idée abstraite de l’homme, elle évacue toute dépendance morale ; l’homme ne relève que de lui-même ; il est « liberté subsistante », sans fondement ni relation. L’origine du pouvoir est placée dans la volonté de l’homme ; la somme des volontés devient la norme du vrai et du droit.

Presque aussitôt par la Constitution civile du clergé, l’Assemblée nationale se prononce pratiquement contre la liberté de pensée et d’agir qui vient d’être solennellement proclamée ; elle unit étroitement la religion à l’Etat, mais la religion est soumise au principe de la volonté générale, exprimée par le vote de la majorité des représentants du peuple.