Je crois que si Jésus manifeste son premier signe à l’occasion de noces, c’est parce qu’il vient rencontrer notre désir. Il le connaît intimement. Il connaît notre soif de vivre, notre soif d’ivresse, de joie, notre soif que le vin coule à flots, que la fête dure, que la promesse soit éternelle. Il sait que nous ne rêvons pas de contrats, de règles ni de morale, mais d’amour, de rencontre, de mystère, de fièvre et de douceur. Nous avons soif de vivre, d’une vie en abondance, d’une mesure pleine et débordante. Notre âme soupire après ce qui dure.


Dans les milieux chrétiens, le mariage a trouvé ses lettres de noblesse, on insiste sur la beauté de la conjugalité, le caractère sacré de la sexualité, de l’amour entre l’homme et la femme. Et pourtant, parmi cette même population de jeunes chrétiens bien informés, emplis d’idéal, le nombre de célibataires croît. Le décalage entre nos aspirations profondes et la réalité concrète et douloureuse de l’amour en décourage plus d’un. On peut avoir peur de l’échec, peur de l’épreuve. On peut tellement idéaliser l’amour que l’on cristallise sur chaque rencontre une attente impossible à porter pour celui ou celle avec qui nous nous lions.


L’intelligence et la connaissance intellectuelle ne sont pas proportionnelles à la maturité affective. Il existe des têtes bien pleines, voire bien faites, qui hélas vivent une affectivité désordonnée. La multiplication des comportements addictifs – dépendances sous toutes les formes – en est un signe.


L’amitié s’inscrit dans le temps avec souplesse. Elle est faite de moments de grande complicité puis de distance, de compagnonnage puis d’affection douce, d’éloignement et de retrouvailles. L’on apprend ainsi à ne jamais mettre la main sur l’autre, à ne pas tout attendre de lui, à l’aimer en pure gratuité, même quand il nous est difficile de nous retrouver ou quand nous ne nous sentons pas compris. La tendresse et l’affection demeurent, l’intensité, elle, s’amenuise. Là encore, laissons l’ami aller son chemin en le bénissant. L’amitié révèle sa beauté et sa simplicité dans la présence aimante. Elle seule suffit, présence fragile, sans conseils, sans échanges fervents, mais présence infiniment réconfortante.


Nous parlons souvent si mal de Dieu. Il ne s’agit d’ailleurs par tant de parler que de vivre de lui. Nos paroles, nos pensées, nos actions doivent être imprégnées de lui, baignées de son Esprit et de sa lumière.


Chaque époque a ses fléaux, à l’une la guerre, à l’autre le choléra et la famine. La nôtre est malade d’amour, de liens durables, d’enracinement et de force dans l’épreuve. C’est une époque d’inconstance, de sentiments fragiles et de pauvreté relationnelle. Mais là où le péché abonde, la grâce surabonde. Et c’est précisément là où nous sommes blessés que nous sommes sauvés et que Dieu se donne.