Faust : Sous quelque habit que ce soit, je n’en sentirai pas moins les misères de l’existence humaine. Je suis trop vieux pour jouer seulement, trop jeune pour être sans désirs. Qu’est-ce que le monde peut m’offrir de bon ? Tout doit te manquer, tu dois manquer de tout ! Voilà l’éternel refrain qui tinte aux oreilles de chacun de nous, et ce que, toute notre vie, chaque heure nous répète d’une voix cassée. C’est avec effroi que le matin je me réveille ; je voudrais répandre des larmes amères, en voyant ce jour qui dans sa course n’accomplira pas un de mes voeux ; pas un seul ! Ce jour, qui par des tourments intérieurs énervera jusqu’au pressentiment de chaque plaisir, qui sous mille contrariétés paralysera les inspirations de mon coeur agité. Il faut aussi, dès que la nuit tombe, m’étendre d’un mouvement convulsif sur ce lit où nul repos ne viendra me soulager, où des rêves affreux m’épouvanteront. Le dieu qui réside en mon sein peut émouvoir profondément tout mon être ; mais lui, qui gouverne toutes mes forces, ne peut rien déranger autour de moi. Et voilà pourquoi la vie m’est un fardeau, pourquoi je désire la mort et j’abhorre l’existence.


Méphistophélès : Je veux ici m’attacher à ton service, obéir sans fin ni cesse à ton moindre signe ; mais, quand nous nous reverrons dans l’au-delà, tu devras me rendre la pareille.


Méphistophélès : Naturellement, quand un Dieu se met à l’oeuvre pendant six jours, et à la fin, se dit bravo à lui-même, il en doit résulter quelque chose de passable.


Le Bachelier : Telle est la plus noble vocation de la jeunesse,

Le monde n’existait pas avant que je l’eusse créé ;

J’ai tiré le soleil du sein de la mer,

Avec moi, la lune a commencé sa course changeante.

Alors, le jour se para sur mon chemin ;

A mon approche, la terre se mit à verdir et à fleurir ;

Sur un signe de moi, en cette nuit première

Se déploya la splendeur de toutes les étoiles.

Qui, en dehors de moi, vous délivra de toutes les barrières

Dont vous enserraient les idées bourgeoises ?

Quant à moi, selon ce qui me vient à l’esprit,

Libre, comme mon esprit me pousse, je marche guidé par ma lumière intérieure,

Et rapidement j’avance au milieu du plus intime ravissement,

La clarté devant moi, les ténèbres derrière.