L’hospitalité est la faculté de laisser l’inconnu entrer dans son intimité, sans préjugé, sans garantie, sans exigence ni crainte de ce qu’il pourrait y trouver, y apporter, y bouleverser. L’hôte désigne à la fois celui qui reçoit et celui qui est reçu car les lois de l’hospitalité sont les mêmes des deux côtés : curiosité et respect.


Même si on rend moins facilement service aux gens qu’on déteste, l’amour n’est pas un contrat d’assistance. Non, aimer, c’est savoir qu’on ne serait pas la même personne si on n’avait pas rencontré l’autre, c’est accepter qu’on porte sa marque pour toujours.


Dieu existe ou il n’existe pas ? Ma foi ne répond pas à cette question ni à aucune autre injonction binaire. Tant que j’avance, je continue. Ma foi est comme l’amour : il ne faut pas avoir peur qu’il finisse pour qu’il dure, il ne faut pas le contraindre à rester ce qu’il est pour qu’il vive, qu’il grandisse ; il faut s’efforcer de le suivre sur le chemin de sa vérité changeante, lui lâcher la main sans avoir peur de le perdre. Qui n’a jamais rêvé d’un amour plus grand que toute la vie ? Seul celui-là peut se dire athée. Les autres sont des frimeurs, des menteurs, des petits joueurs.


Je mesure ma chance de ne pas avoir été élevé dans la religion. Une foi transmise comme obligation morale à des enfants qui découvrent la vie, rien de tel pour décourager les vocations. Tandis que brebis égarée, fils prodigue, ouvrier de la dernière heure, franchement, c’est le beau rôle.


Jusque-là, le renoncement à soi-même me paraissait un marché de dupes, une fiction bonne pour les bigots coincés qui n’avaient pas grand-chose à perdre. Je commence à comprendre que c’est tout le contraire : un gain, un accroissement que je n’imaginais pas. Le sacrifice de soi signifie se rendre sacré, se débarrasser de soi, c’est s’accorder la plus grande des libertés. Se charger de sa croix, c’est se laisser traverser par la transcendance comme par l’amour du prochain. Suivre Jésus, figure humaine du divin, c’est accepter la détermination de notre personne par une conscience infiniment plus large que la conscience de soi et y participer en retour. Accepter d’ouvrir son intimité à Dieu, c’est reconnaître qu’il y était dès l’origine comme principe de la vie : qu’Il existe.