Pour qui servir est-il encore un destin ? Les militaires ? Oui, avec ou sans vocation. Pourquoi, et comment, sommes-nous arrivés là ? Etions-nous prédisposés ? Certains d’entre nous, peut-être. Mais la majorité probablement pas. Pourtant, plus ou moins vite, nous avons su que rien ne valait ces courses sur les crêtes enneigées, ces progressions au fond des vallées, dans les rizières ou les sables du désert, ces déboulés dans la houle ou ces coups de boutoir contre les lames, ces percées à travers les nuages vers le soleil et l’azur, ces catapultages dans la brume… Parce qu’il y avait la mission, et le sens. La fraternité aussi.


Assurément, à nos yeux, pour une grande structure, chercher ses futurs chefs à l’extérieur d’elle-même reste, au minimum, un aveu d’échec, voire une monstruosité managériale. Quel réflexe étrange, quelle habitude étonnante que celle de recruter un patron ailleurs ! Imaginez que dans la Marine nous allions chercher hors de notre corps d’officiers, chez les cosaques ou les bachi-bouzouks, les commandants de notre porte-avions, de nos frégates et de nos sous-marins…


Au-delà du folklore et des critiques, justifiées ou pas, des images d’Epinal ou des dessins du Canard enchaîné, qu’on le veuille ou non, l’armée est associée par la nation à un certain nombre de vertus, et toujours reconnue comme un modèle d’organisation. Et cela, même inconsciemment, l’homme politique en sera toujours un peu jaloux. Il balancera alors sans cesse entre le « je vous demande tout, jusqu’à la mort » et le « je vous contrains sur tout et n’importe quoi ». Irréconciliable contradiction.