L'Ivresque

« La lecture, une porte ouverte sur un monde enchanté »

Fioretti

© Marc Leroy - Orchidées au Botanic garden de Singapour

Anonyme

Au milieu des appels tapageurs qui m’invitent à établir ma vie dans un confort nouveau, j’entends une autre voix : Préparez les chemins du Seigneur. Porte au monde les mots de celui qui est la Parole. Crie aux hommes l’espérance toujours neuve.


Ne dîtes donc pas : « J’ai une disposition au péché et un cœur dur, et je ne peux pas m’affliger de mes péchés comme je le devrais ; ainsi je me tiendrai loin jusqu’à ce que j’aie pu le faire. » C’est comme si vous disiez : « Je devrais m’adresser au médecin ; mais auparavant il faut que mes blessures soient cicatrisées, et que je sois guéri de ma maladie ; alors j’irai vers le médecin. » Dans quel but dois-tu aller vers le médecin, si ce n’est pour être guéri ? En vérité dans les deux cas, la folie est la même. Christ est ton médecin, n’attends donc pas la guérison avant de venir à lui.


Un vieux rabbin racontait à ses enfants : « Chacun de nous est relié à Dieu par un fil. Et lorsqu’il commet une faute, le fil est cassé. Mais lorsqu’on regrette sa faute, Dieu fait un nœud au fil. Du coup, le fil est plus court qu’avant. Et le pécheur est un peu plus près de Dieu ! Ainsi de chute en chute, de faute en repentir, de nœud en nœud, nous nous rapprochons peu à peu du Seigneur. Finalement, chacun de nos péchés est ainsi l’occasion de raccourcir d’un cran la corde à nœuds et d’arriver plus près du cœur de Dieu. »

Saint Anselme de Cantorbéry

Seigneur mon Dieu, donne à mon coeur de te désirer ; en te désirant, de te chercher ; en te cherchant, de te trouver ; en te trouvant de t’aimer ; et en t’aimant, de racheter mes fautes ; et un fois rachetées, de ne plus les commettre.

Seigneur mon Dieu, donne à mon coeur la pénitence, à mon esprit le repentir, à mes yeux la source des larmes, et à mes mains la largesse de l’aumône.

Toi qui es mon Roi, éteins en moi les désirs de la chair, et allume le feu de ton amour. Toi qui es mon Rédempteur, chasse de moi l’esprit d’orgueil, et que ta bienveillance m’accorde l’esprit de ton humilité. Toi qui es mon Sauveur, écarte de moi la fureur de la colère, et que ta bonté me concède le bouclier de la patience.

Toi qui es mon Créateur, déracine de mon âme la rancoeur, pour y répandre la douceur d’esprit. Donne-moi, Père très bon, une foi solide, une espérance assurée et une charité sans faille.

Ô Dieu de miséricorde, je te le demande par ton fils bien-aimé, donne-moi de vivre la miséricorde, l’application à la piété, la compassion avec les affligés, et le partage avec les pauvres.

Saint Augustin d’Hippone

Le jardin du Seigneur, mes frères, ce jardin a toutes sortes de fleurs : non seulement les roses des martyrs, mais aussi les lys des vierges, le lierre des gens mariés, les violettes des veuves. Absolument aucune catégorie de gens, mes bien-aimés, ne doit désespérer de sa vocation, c’est pour tous que le Seigneur a souffert. C’est très véritablement qu’il est écrit de lui : « Il veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité. »

Il faut donc comprendre comment, en dehors de l’effusion du sang et du risque de subir la passion, le chrétien doit suivre le Christ.


Etends la charité au monde entier, si tu veux aimer le Christ, car les membres du Christ s’étalent sur le monde entier. Si tu n’aimes qu’une partie du corps, tu es divisé ; si tu es divisé, tu n’es plus dans le corps ; si tu n’est plus dans le corps, tu n’es plus sous l’influence de la tête.

A quoi bon croire, si en même temps tu outrages ? Tu l’adores en sa tête, tu l’outrages en son corps. Lui, il aime son corps.


Je vous ai aimée tard, beauté si ancienne, beauté si nouvelle, je vous ai aimée tard. Mais quoi ! Vous étiez au dedans, moi au dehors de moi-même ; et c’est au dehors que je vous cherchais ; et je poursuivais de ma laideur la beauté de vos créatures. Vous étiez avec moi, et je n’étais pas avec vous ; retenu loin de vous par tout ce qui, sans vous, ne serait que néant. Vous m’appelez, et voilà que votre cri force la surdité de mon oreille ; votre splendeur rayonne, elle chasse mon aveuglement ; votre parfum, je le respire, et voilà que je soupire pour vous ; je vous ai goûté, et me voilà dévoré de faim et de soif ; vous m’avez touché, et je brûle du désir de votre paix.

Quand je vous serai uni de tout moi-même, plus de douleur alors, plus de travail ; ma vie sera toute vivante, étant toute pleine de vous. L’âme que vous remplissez devient légère ; trop vide encore de vous, je pèse sur moi.

Saint Basile le Grand

Je distingue trois dispositions différentes qui nous portent inévitablement à obéir : ou bien nous nous détournons du mal par crainte du châtiment, et nous sommes dans la disposition de l’esclave ; ou nous poursuivons l’appât de la récompense en accomplissant les commandements pour l’avantage que nous en retirons, et ainsi, nous ressemblons aux mercenaires ; ou enfin c’est pour le bien lui-même, et l’amour de Celui qui commande, que nous obéissons, heureux d’avoir été trouvés digne de servir un Dieu si glorieux et si bon, et nous sommes alors dans la disposition des enfants.

Paul Baudiquey

Encore et toujours, ce « vieux mot » qui a l’air usé : miséricorde. Mot magnifique qui rassemble en lui les extrêmes de la condition humaine : la misère et le cœur ; un mot qui ose affirmer que, si bas qu’on tombe, on ne peut pas tomber plus bas que dans les bras de Dieu.

Maurice Bellet

Je puis servir l’amour, attendre l’amour et aimer de mon mieux, mais la vérité de l’amour n’est pas quelque chose que je vais produire. L’amour relève la grâce. Dans ce cas, où est la vérité de l’amour ? N’est-ce pas reconnaître que l’on n’aime pas et espérer qu’il nous soit donné d’aimer vraiment, car on n’y parvient pas ?

Benoît XVI

Est disciple du Christ celui qui, dans l’expérience de la faiblesse humaine, a eu l’humilité de lui demander de l’aide, a été guéri par lui et s’est mis à le suivre.

Saint Bernard de Clairvaux

Ô vous tous qui avez conscience d’être ballotés sur le courant de ce siècle, au milieu des orages et des tempêtes, bien plus que de marcher sur la terre, ne détournez pas vos yeux de cette étoile, si vous ne voulez pas faire naufrage. Si le vent des tentations s’élève, si vous êtes précipités sur les écueils des épreuves, regardez l’étoile, appelez Marie. Si vous êtes secoués par les flots de l’orgueil, de l’ambition, de la médisance ou de l’envie, regardez l’étoile, appelez Marie. Si la colère, l’avarice ou les appâts de la chair soulèvent violemment la nacelle de votre âme, regardez Marie. Si, épouvantés par l’énormité de vos crimes,  honteux de la laideur de votre conscience, effrayés des terreurs du jugement, vous commencez à être engloutis dans le gouffre de la tristesse, dans l’abîme du désespoir, pensez à Marie. Dans les périls, dans les angoisses, dans les perplexités, pensez à Marie, invoquez Marie. Qu’elle soit toujours sur vos lèvres, toujours dans votre cœur et pour obtenir le suffrage de sa prière, ne manquez pas de suivre l’exemple de sa vie.

Quand on la suit on ne dévie pas, quand on la prie on ne désespère pas, quand on pense à elle on ne s’égare pas. Quand elle nous tient on ne tombe pas, quand elle nous protège nous ne craignons rien, quand elle nous conduit nous ne nous fatiguons pas, quand elle nous est propice nous arrivons au port.

Albert-Marie Besnard o. p.

Seul l’engagement d’un capital illimité d’amour peut empêcher l’humanité d’aller s’émiettant jusqu’à la poussière. Seule la mise de fond d’un amour gratuit et inconditionnel peut travailler à contre-courant des divisions, des séparations, des aliénations.

Christian Bobin

Deux biens sont aussi précieux que l’eau ou la lumière pour les arbres : la solitude et les échanges. L’enfer est le lieu où ces deux biens sont perdus.

Jacques-Bénigne Bossuet

Il faut croître en amour durant tout le cours de cette vie. Celui qui donne des bornes à son amour ne sait ce que c’est d’aimer. Celui qui ne tend pas toujours à un plus haut degré de perfection et d’amour ne connaît pas la perfection ni les obligations du christianisme.

Armand de Bourbon, prince de Conti

Un grand doit savoir que tout son superflu est le patrimoine de son prochain lorsqu’il est dans l’indigence, et qu’il lui doit même de son nécessaire quand son indigence est extrême ; que ce nécessaire ne doit pas être mesuré par la cupidité, ni par l’avarice qui n’a point de borne, ni par l’exemple de ses semblables qui, pour l’ordinaire, comptent leurs plaisirs et le luxe de leur table, de leurs meubles, de leur équipage et de leurs bâtiments au nombre des choses les plus nécessaires, mais par la raison guidée par une modestie vraiment chrétienne, qui sait trouver ce juste équilibre, qui bien loin de le ravaler au-dessous de sa condition, le rend beaucoup plus digne de vénération et de respect, et lui donne le moyen de soulager son prochain comme il y est obligé.

Bernard Bro o. p.

Nous sommes greffés au Christ. Or une greffe suppose deux blessures, l’une sur le griffon, l’autre sur le porte-greffe, et cela suppose aussi que les deux blessures soient placées l’une contre l’autre. Tout le mystère chrétien est là. Il y a la blessure de la passion de Dieu qui est à notre recherche, la Passion du Christ Fils de Dieu qui nous poursuit. Et puis il y a la blessure de notre passion, de notre nuit, de notre recherche. Un cœur blessé contre un cœur qui cherche la vie.

Henri Caldélari

Parce qu’il regarde son coeur, Jésus voit la femme et non son péché. Parce qu’ils ne considèrent que la Loi, les pharisiens ne voient que la transgression. Là est toute la différence. Elle est immense. Ils la jugent, Jésus l’accueille. Ils la condamnent sans appel, Jésus s’interroge : que faire pour la libérer et lui rendre la vie ? Comment l’aider à repartir et à reprendre courageusement le chemin de la perfection et de la loi qu’elle a abandonné dans un moment de faiblesse dont elle n’est peut-être même pas la cause ? Comment l’encourager à vivre pour Dieu avec la blessure de son péché et dans la situation où elle a été entraînée ? Comment la faire grandir dans la fidélité à l’Alliance en tenant compte de ce qu’elle est aujourd’hui et de ce qu’elle peut supporter ? Puisqu’elle est impure selon la Loi, exclue de la communauté, comment lui faire entendre l’appel à la vie et à la sainteté que Dieu adresse à tous les pécheurs, moyennant leur conversion ? Ce n’est certainement pas en la lapidant. Pour les pharisiens, la solution est toute trouvée et très simple : elle n’a qu’à mourir… Ainsi la justice de Dieu est sauve et satisfaite. Et la miséricorde alors… ? L’amour vrai ne craint pas la justice et se confie à la miséricorde. Il n’utilise ni l’un ni l’autre pour se mettre à l’abri, mais il s’appuie sur l’un et sur l’autre pour recevoir de Dieu seul le Salut qu’il espère.

Dom Helder Camara

Celui qui se borne à demander aux puissants de l’aide pour les pauvres, celui-là même qui commence à plaider les pauvres par un début de promotion humaine, mais sans pousser l’imprudence et l’audace jusqu’à parler de droits et jusqu’à exiger la justice, celui-là est un homme admirable et un saint. Mais que celui qui opte pour la justice et pour le changement des structures qui réduisent en esclavage des millions d’enfants de Dieu se prépare à voir sa pensée déformée, à être objet de diffamation et de calomnies, à perdre tout prestige auprès des gouvernants et des puissants, peut-être même à être mis en prison, torturé, voire éliminé… Mais comment oublier que, connaître ce sort, c’est vivre la 8ème Béatitude ?

Carlo Carretto

Dieu a été le chemin. Il m’a pris par la main et m’a montré la route. Que de fois j’ai pu vérifier que c’était Dieu qui me tenait par la main ! J’étais tenté de penser que c’était moi qui dirigeais mes pas, mais les occasions ne m’ont pas manqué de faire l’expérience que Dieu me guidait, et que sans lui je serais retombé dans le néant. Plus j’allais de l’avant, et plus ses touches se faisaient discrètes. On aurait pu penser qu’il m’éduquait à la liberté et qu’il voulait que j’apprenne à marcher seul. Alors, c’est moi qui avais peur et qui le cherchais parce que, seul, je marchais mal, et la nuit se faisait obscure. Mais la foi m’a enseigné à marcher en sa compagnie, à prendre des décisions avec lui, à vivre vraiment avec lui, comme deux époux qui se disent tout et sont heureux. Qu’il est doux de mettre sa confiance dans le Seigneur ! Quelle paix pour le cœur de le sentir présent au creux de toute la vie ! Comme je me sens fort quand je me fie totalement à lui !

Christian Chabanis

L’homme et la femme n’ont besoin de personne pour s’aimer, mais, pour que dure leur amour, ils ont besoin en effet d’un amour plus durable que le leur. Il n’est rien comme l’amour de l’homme pour lui révéler à la fois les frontières de sa condition et qu’il n’aspire qu’à franchir ces frontières. L’amour n’est pas le génie de l’homme mais le génie de Dieu ; celui de l’homme n’est que le besoin infini d’aimer et d’être aimé malgré tous les démentis que l’existence oppose à ce besoin. L’obsession de l’amour absolu, de l’amour éternel, de l’amour durable, n’est qu’une autre forme de l’obsession de Dieu, sa forme la plus universelle, la plus constante, la plus irréductible.

François-René de Chateaubriand

Tandis que vous admirez ce soleil, qui se plonge sous les voûtes de l’occident, un autre observateur le regarde sortir des régions de l’aurore. Par quelle inconcevable magie ce vieil astre qui s’endort fatigué et brûlant dans la poudre du soir est-il, en ce moment même, ce jeune astre qui s’éveille humide de rosée, dans les voiles blanchissantes de l’aube ? A chaque moment de la journée, le soleil se lève, brille à son zénith, et se couche sur le monde ; ou plutôt nos sens nous abusent, et il n’y a ni orient, ni midi, ni occident vrai. Tout se réduit à un point fixe, d’où le flambeau du jour fait éclater à la fois trois lumières en une seule substance. Cette triple splendeur est peut-être ce que la nature a de plus beau, car, en nous donnant l’idée de la perpétuelle magnificence et de la toute-puissance de Dieu, elle nous montre aussi une image éclatante de sa glorieuse Trinité.


Il est un Dieu ; les herbes de la vallée et les cèdres de la montagne le bénissent, l’insecte bourdonne ses louanges, l’éléphant le salue au lever du jour, l’oiseau le chante dans le feuillage, la foudre fait éclater sa puissance, et l’océan déclare son immensité. L’homme seul a dit : il n’y a point de Dieu. Il n’a donc jamais, celui-là, dans ses infortunes, levé les yeux vers le ciel, ou, dans son bonheur, abaissé ses regards vers la terre ? La nature est-elle si loin de lui, qu’il ne l’ait pu contempler, ou la croit-il le simple résultat du hasard ? Mais quel hasard a pu contraindre une matière désordonnée et rebelle à s’arranger dans un ordre si parfait ?

    Ceux qui ont admis la beauté de la nature comme preuve d’une intelligence supérieure auraient dû faire remarquer une chose qui agrandit prodigieusement la sphère des merveilles : c’est que le mouvement et le repos, les ténèbres et la lumière, les saisons, la marche des astres, qui varient les décorations du monde, ne sont pourtant successifs qu’en apparence, et sont permanents en réalité. A chaque moment de la journée, le soleil se lève, brille à son zénith, et se couche sur le monde. Cette triple splendeur est peut-être ce que la nature a de plus beau ; car, en nous donnant l’idée de la perpétuelle magnificence et de la toute-présence de Dieu, elle nous montre aussi une image éclatante de sa glorieuse Trinité.

Jean-Louis Chrétien

Le courage lui aussi a sa mort et sa résurrection, et c’est l’humilité qui les lui donne : elle le met à mort comme courage fondé sur la confiance en soi, elle le ressuscite comme courage fondé sur la confiance en Dieu. Ce ne sont pas la petitesse et l’étroitesse des tâches qui définissent l’humilité, pas plus que la grandeur des projets ne définit l’orgueil, mais l’acte de ne pas s’appuyer sur sa propre assurance.

Paul Claudel

Dieu n’est pas venu pour mettre un terme à la souffrance. Il n’est pas venu non plus pour l’expliquer, il est venu pour la remplir de sa présence.

Olivier Clément

Si le Christ a refusé de changer les pierres en pain, s’il a refusé de descendre de la croix, c’est pour fonder définitivement notre liberté. La liberté est l’essence du message évangélique. Non seulement la foi nous libère – de la peur, de la mort, des puissances et des puissants de ce monde – mais elle est l’acte suprême de la liberté. Je vais au Christ parce que je l’aime. Rien ne m’y oblige, que le témoignage de son amour. Et l’amour n’oblige pas, il libère.

Yves cardinal Congar

Si une chrétienté doit se refaire et vivre aujourd’hui, ce ne pourra plus être, sauf survivances, comme la chrétienté ancienne, à partir des lois, des cadres sociaux, de la faveur positive des pouvoirs publics, de la pression sociale enfin, mais bien à partir des convictions personnelles, du témoignage et du rayonnement de chrétiens qui soient tels par le dedans.

Il nous faut de véritables adultes, qui soient libres, libérés par la vérité.

Jean Debruyne

Je marcherai, je marcherai sous le soleil trop lourd, sous la pluie à verse et dans la tourmente.

En marchant, le soleil réchauffera mon cœur de pierre, la pluie fera de mes déserts un jardin.

A force d’user mes chaussures, j’userai mes habitudes. Je marcherai et ma marche sera démarche.

J’irai moins au bout de la route qu’au bout de moi-même.

Je serai pèlerin. Je ne partirai pas seulement en voyage. Je deviendrai moi-même un voyage, un pèlerinage.

Madeleine Delbrël

Toujours le Seigneur dira aux uns : « A cause de moi et pour mon amour, tu auras une femme, des enfants, une maison, des biens à gérer de ma part dans le monde. » Toujours le Seigneur dira aux autres : « Tu n’auras que moi et je serai ton Tout. »

Toujours le Seigneur dira aux uns : « Je sais ce qui te convient, je te donnerai chaque jour ta peine et ton pain quotidiens, afin que, partout où tu seras posé, il y ait aussi ma croix. » Toujours le Seigneur dira au autres : « Prends ta croix et suis-moi. » Prends-la par les trois bras de la pauvreté, de l’obéissance, de la pureté. Pourquoi ? Parce que c’est ainsi que je veux que tu m’aimes et que nous aimions le monde ensemble.


Se plonger dans la foule comme dans le sable blanc. Désert des foules, désert de l’amour, Seigneur, Seigneur, au moins que cette écorce qui me couvre ne vous soit pas un barrage. Passez. Mes yeux, mes mains, ma bouche sont à vous. Cette femme si triste en face de moi : voici ma bouche pour que vous lui souriiez. Cet enfant presque gris, tant il est pâle : voici mes yeux pour que vous le regardiez. Cet homme si las, si las, voici tout mon corps pour que vous lui laissiez ma place, et ma voix pour que vous lui disiez doucement : « Asseyez-vous. » Ce garçon si fat, si bête, si dur, voici mon cœur pour que vous l’aimiez avec, plus fort qu’il ne l’a jamais été.

Raymond Devos

J’ai eu la chance de rencontrer Dieu juste à un moment où je doutais de lui, dans un petit village de Lozère abandonné des hommes. Il n’y avait plus personne. Et en passant devant la vieille église, poussé par je ne sais quel instinct, j’ai vu une lumière. Intense, insoutenable. C’était Dieu, Dieu qui priait.

Je me suis dit : qui prie-t-il ? Il ne se prie pas lui-même. Pas lui, pas Dieu. Non, il priait l’homme, il me priait moi. Il doutait de moi comme j’avais douté de lui. Il disait :

« Oh ! Homme, si tu existes, un signe de toi ! »

J’ai dit : « Mon Dieu, je suis là. »

Il m’a dit : « Miracle ! Une humaine apparition. »

J’ai dit : « Mais mon Dieu, comment pouvez-vous douter de l’homme, puisque c’est vous qui l’avez créé ? »

Il m’a dit : « Oui, mais y’a si longtemps que je n’en ai pas vu dans mon Eglise, je me demandais si ça n’était pas une vue de l’Esprit. »

Il m’a dit : « Oui, je vais pouvoir leur dire là-haut : l’homme existe, je l’ai rencontré. »

Dorothée de Gaza

Plus on est uni au prochain, plus on est uni à Dieu. Supposez un cercle tracé sur la terre. Imaginez que ce cercle, c’est le monde ; le centre, Dieu ; et les rayons, les différentes voies ou manières de vivre des hommes. Quand les saints, désirant approcher de Dieu marchent vers le milieu du cercle, dans la mesure où ils pénètrent à l’intérieur, ils se rapprochent les uns des autres ; et plus ils se rapprochent les uns des autres, plus ils s’approchent de Dieu. Et vous comprenez qu’il en est de même en sens inverse, quand on se détourne de Dieu pour se retirer vers l’extérieur : il est évident alors que, plus on s’éloigne de Dieu, plus on s’éloigne les uns des autres, et que plus on s’éloigne les uns des autres, plus on s’éloigne aussi de Dieu. Telle est la nature de la charité.

André Fol

En nous rendant auprès d’une personne qui souffre, ne nous torturons pas l’esprit en nous demandant : « Que vais-je bien pouvoir lui dire ? », en cherchant la « parole juste ». Cette parole n’existe pas.

Car les choses ne se jouent pas en terme de « parole » mais de « présence ». Il ne faut jamais se le cacher, la souffrance a tendance à faire fuir. Etre présent, c’est résister à cette force centrifuge ; c’est une façon de dire au malade : « Je suis venu pour te montrer que tu n’es pas seul, je suis complètement démuni devant la tempête qui t’atteint, mais sache que je reste sur la berge. »

François

Que veut dire Jésus ? Quelle est cette seule chose dont nous avons besoin ? Il est avant tout important de comprendre qu’il ne s’agit pas de l’opposition entre deux attitudes : l’écoute de la parole du Seigneur, la contemplation, et le service concret du prochain. Ce ne sont pas deux attitudes opposées, mais au contraire, ce sont deux aspects tous deux essentiels pour notre vie chrétienne, des aspects qu’il ne faut jamais séparer, mais qui doivent être vécus en profonde unité et harmonie. Mais alors pourquoi Marthe est-elle l’objet d’un reproche, même s’il est fait avec douceur ? Parce qu’elle a considéré comme essentiel uniquement ce qu’elle faisait, c’est-à-dire qu’elle était trop absorbée et préoccupée par les choses à « faire ». Chez un chrétien, les œuvres de service et de charité ne doivent jamais être détachées de la source principale de chacune de nos actions : c’est-à-dire l’écoute de la parole du Seigneur, être – comme Marie – aux pieds de Jésus, dans l’attitude du disciple. Voilà pourquoi Marthe est réprimandée.

Dans notre vie chrétienne aussi, que la prière et l’action soient toujours profondément unies. Une prière qui ne conduit pas à l’action concrète envers son frère pauvre, malade, ayant besoin d’aide, le frère en difficulté, est une prière stérile et incomplète. Mais, de même, quand, dans le service ecclésial, on n’est attentif qu’au « faire », quand on donne plus de poids aux choses, aux fonctions, aux structures, et que l’on oublie le caractère central du Christ, que l’on ne réserve pas de temps pour le dialogue avec lui dans la prière, on risque de se servir soi-même et non pas Dieu présent dans notre frère dans le besoin.

Mère Geneviève Gallois o. s. b.

Pendant la dernière guerre, alors que nous étions dans une zone très bombardée, j’étais chargée de cirer le parquet d’un couloir. Un jour que les bombes pleuvaient, je me disais : « A quoi bon cirer le parquet. Dans cinq minutes, nous serons en poussière, le parquet et moi. » Comme je communiquais ces réflexions à un révérend père bénédictin, il m’a dit de continuer à cirer par amour de Dieu : « Votre amour ne mourra pas. » Et je me souviens de cela maintenant comme de la suprême ligne de conduite.

Guy Gilbert

Je m’adresse à tous les amoureux du monde. Tous les jeunes amoureux, les vieux amoureux, les pas encore amoureux et les futurs amoureux ; je veux dire que l’amour est patient.

Quelle est la plus belle aventure de la vie, si ce n’est l’amour ? C’est la plus grande, la plus belle, la plus noble, la plus ancienne et la plus neuve.

La culture de la patience est devenue une contre-culture. Vouloir être patient en amour aujourd’hui, c’est vivre à contre-courant. Avez-vous essayé de tirer sur l’herbe pour qu’elle pousse plus vite ? Ou sur vos géraniums ? Vous savez que la croissance d’une plante nécessite un certain temps, et que rien n’y changera. En amour, c’est pareil.

Que votre amour soit vrai, profond, qu’il s’accompagne de tous les synonymes de la patience : longanimité, tolérance, constance, persévérance, capacité d’encaissement, confiance, amour gratuit, accueil aussi. Alors le combat de l’amour – car c’est un combat – apportera la joie à vous et à vos enfants.

Pierre Gilbert

Nous pouvons nous fabriquer dans la tête une image de Dieu à partir de nos fantasmes et de nos désirs, mais nous sommes dans l’illusion si nous ne sommes pas confrontés à la réalité de notre voisin de chair et de sang, qui est démuni et qui souffre. C’est auprès de lui, et non pas dans les nuages que nous rencontrons Dieu. C’est là le lieu de vérité de notre religion.

Saint Grégoire le Grand

Vous alliez à Dieu ? Essayez de ne pas y aller seuls…

René Habachi

Nous ne savons jamais le tout d’un être, même du plus aimé, surtout du plus aimé. Au contraire, aimer, c’est vouloir que l’autre soit une source inépuisable de richesse et que, à mesure que la part connue de sa personne se fait transparente, la part de l’inconnu augmente et approfondisse de nouvelles perspectives pour de nouveaux ravissements. Il y a un mystère au cœur de tout amour comme de tout rapport humain. Quand les autres perdent à nos yeux leur mystère, c’est que nous-mêmes avons perdu le nôtre. Aplatis que nous sommes dans nos gestes, nous mesurons les autres à leurs attitudes en les vidant de leur intériorité, et le désarroi des infiniments plats commence dès que cesse le dialogue des infiniments profonds.

Nous pouvons toujours douter d’un être, si nous ne nous décidons pas à tirer de nous-mêmes une force de surcroît, un don gratuit, un consentement qui recouvre l’abîme de son mystère. Le véritable amour se vit comme un mystère silencieux auquel on participe par un approfondissement de sa propre vie, une confiance que l’on mérite, en proportion non de ce que l’on fait mais de ce qu’on est.

Hermann Hesse

Un comportement moral dans le monde n’est possible et à recommander que lorsque l’on assume les saletés de la vie, la responsabilité collective dans la mort et le péché, bref, l’ensemble du péché originel et qu’on renonce une fois pour toutes à ne voir la faute que chez les autres.

Henri Huvelin

Etre quelqu’un, c’est d’abord se posséder. On ne peut donner à Dieu que si on s’appartient ; et vous ne serez jamais chrétien si, d’abord, vous n’êtes pas quelqu’un.

Quelqu’un, c’est-à-dire ne pas être comme tout le monde. Ne pas vivre des idées, des préjugés, des exemples de tous. Il ne faut pas que votre âme soit une âme sans, une âme insipide, l’écho d’une pensée renvoyée.

Pour être chrétien, il faut avoir pensée et conviction personnelles ; il faut la Foi, à la lumière de laquelle on juge et on apprécie les choses. C’est en examinant, en pesant les valeurs que l’opinion se forme ; et c’est dans le recueillement, dans la retraite, que la personnalité se forme, acquiert une pensée qui s’assimile à l’âme et la pénètre.


Si nous pouvions être quelque chose qui aide à croire à l’Amour divin, ce serait notre plus noble ambition et notre plus grande gloire. Nous ne sommes pas tous appelés à prêcher la pénitence, mais nous devons tous parler de Dieu !

Il est grand de dire quelque chose de Dieu, non par les paroles, mais par ce que l’on est.

Saint Ignace de Loyola

Il me semble que vous devriez vous résoudre à faire avec calme ce que vous pouvez. Ne soyez pas inquiets de tout, mais abandonnez à la divine Providence ce que vous ne pouvez accomplir par vous-même. Sont agréables à Dieu notre soin et notre sollicitude raisonnable pour mener à bien les affaires dont nous devons nous occuper par devoir. L’anxiété et l’inquiétude de l’Esprit ne plaisent point à Dieu.

Il faut s’armer de patience, et ne pas penser que Dieu attend de nous ce que nous ne pouvons pas faire : il ne veut pas davantage que l’homme s’afflige de ses limites. Pourvu que l’on donne satisfaction à Dieu, ce qui est plus important que de donner satisfaction aux hommes, il n’est pas nécessaire de se fatiguer outre mesure. Bien plus, lorsqu’on s’est efforcé d’agir de son mieux, on peut abandonner tout le reste à celui qui a le pouvoir d’accomplir tout ce qu’il veut.

Saint Isidore de Séville

La prière nous purifie ; la lecture nous instruit. Celui qui veut être toujours avec Dieu doit prier fréquemment et lire fréquemment. Car lorsque nous prions, c’est nous qui parlons à Dieu ; et lorsque nous lisons, c’est Dieu qui parle avec nous.

Ce que nous ignorions, nous l’apprenons par la lecture ; ce que nous avons appris, nous le conservons par la méditation.

Saint Jean Chrysostome

Quand ta femme ne te témoignerait que dédain, mépris, insolence, il ne tient qu’à toi de la ramener à tes pieds à force de bonté, d’amour, de tendresse. Car il n’est pas d’attache plus forte, surtout entre homme et femme. Par la crainte, on peut garrotter un serviteur, encore ne tardera-t-il pas à s’échapper, mais la compagne de ta vie, la mère de tes enfants, la source de ton bonheur, ce n’est point par la crainte, par les menaces qu’il faut l’enchaîner, mais par l’amour et l’affection. Qu’est-ce qu’un foyer où la femme tremble devant son mari ? Quelle joie y-a-t-il pour l’époux, quand il vit avec son épouse comme avec une esclave, et non une femme libre ?

Comment lui témoigner ta tendresse ? En lui disant : « Je pouvais en épouser d’autres, une femme plus riche ou d’une naissance plus illustre, je l’ai pas fait, car je t’ai désirée, toi, ta façon d’être, ta douceur, ta pudeur, ta modestie… Dès lors je me suis attaché à toi, je t’aime et je te préfère à ma propre vie, qui est un néant ; et je prie et je supplie, je fais tout pour qu’il nous soit donné, après avoir passé cette vie dans un mutuel amour, d’être encore réunis et heureux dans la vie future.

Saint Jean XXIII

Rien qu’aujourd’hui,

J’essaierai de vivre

Exclusivement la journée

Sans tenter de résoudre

Le problème de toute ma vie.

Rien qu’aujourd’hui,

Je porterai mon plus grand soin

A mon apparence courtoisie

Et à mes manières.

Je ne critiquerai personne

Et ne prétendrai redresser ou discipliner

Personne si ce n’est moi-même.

Rien qu’aujourd’hui,

Je serai heureux

Dans la certitude d’avoir été créé

Pour le bonheur,

Non seulement dans l’autre monde,

Mais également dans celui-ci.

Rien qu’aujourd’hui,

Je m’adapterai aux circonstances

Sans prétendre

Que celles-ci se plient à mes désirs.

Rien qu’aujourd’hui,

Je consacrerai dix minutes

A la bonne lecture

En me souvenant

Que, comme la nourriture est nécessaire

A la vie du corps,

La bonne lecture est nécessaire à la vie de l’âme.

Rien qu’aujourd’hui,

Je ferai une bonne action

Et n’en parlerai à personne.

Rien qu’aujourd’hui,

Je ferai au moins une chose

Que je n’ai pas envie de faire

Et, si j’étais offensé,

J’essaierai que personne ne le sache.

Rien qu’aujourd’hui,

J’établirait un programme

Détaillé de ma journée.

Je ne m’en acquitterai peut-être pas

Mais je le rédigerai,

Et je me garderai de deux calamités :

La hâte et l’indécision.

Rien qu’aujourd’hui,

Je croirai fermement,

Même si les circonstances prouvent le contraire,

Que la providence de Dieu

S’occupe de moi comme si rien d’autre

N’existait au monde.

Rien qu’aujourd’hui,

Je ne craindrai pas

Et, tout spécialement,

Je n’aurai pas peur

D’apprécier ce qui est beau

Et de croire en la bonté.

Je suis en mesure

De faire le bien pendant douze heures,

Ce qui ne saurait pas

Me décourager,

Comme si je pensais que je devais

Le faire toute ma vie durant.

Thomas a Kempis

Tout ce que tu me donnes hors de toi, tout ce que tu me découvres de toi-même, tout ce que tu m’en promets est trop peu et ne me suffit pas si je ne te vois pas, si je ne te possède pleinement. Car mon coeur ne peut avoir de vrai repos, ni être entièrement rassasié jusqu’à ce que, s’élevant au-dessus de tous tes dons et de toute créature, il se repose uniquement en toi. Tendre époux de mon âme, pur objet de son amour, ô mon Jésus, Roi de toutes les créatures, qui me délivrera de mes liens, “qui me donnera des ailes” pour voler vers toi et me reposer en toi ? Jusqu’à quand mon Seigneur tardera-t-il à venir ? Qu’il vienne à ce pauvre qui est à lui et qu’il lui rende la joie. Qu’il étende la main pour relever un malheureux plongé dans l’angoisse. Viens, viens, car sans toi tous les jours, toutes les heures s’écoulent dans la tristesse, parce que tu seul ma joie et que tu peux seul remplir le vide de mon coeur. Que d’autres cherchent au lieu de toi tout ce qu’ils voudront ; pour moi, rien ne me plaît ni ne me plaira jamais que toi ; ô mon Dieu, mon espérance, mon salut éternel ! Je ne me tairai point, je ne cesserai point de prier, jusqu’à ce que ta grâce revienne et que tu me parles intérieurement.

Henri-Dominique Lacordaire o. p.

La doctrine catholique, apparaissant au monde, ne dit pas comme Spartacus : « Levez-vous, armez-vous, revendiquez vos droits » ; elle dit avec calme et simplicité : « Aimez-vous les uns les autres » (Jn 15,12) ; s’il y en a parmi vous qui se plaigne de n’être pas aimé, qu’il aime le premier ; l’amour produit l’amour. Quand deux s’aimeront et qu’on aura vu la joie de leur cœur, un troisième viendra qui désirera être aimé aussi en donnant son amour ; ensuite un quatrième. Ce qui nous manque, ce n’est pas un droit, c’est une vertu. Or aucune loi ne peut donner une vertu, aucune victoire ne peut la créer. Spartacus aurait vaincu, que le monde eût été le lendemain ce qu’il était la veille : les esclaves seraient devenus maîtres, les maîtres esclaves, et encore tous ces victorieux, enivrés des dépouilles de Rome, se seraient égorgés les uns les autres au nom de la fraternité. Une vertu ne naît pas sur les champs de bataille ; l’âme est la seule terre où Dieu la sème et la récolte. Le royaume de Dieu est au-dedans de nous ; la terre, c’est notre âme, et la semence, elle est dans ces mots : « Aimez-vous les uns les autres. »


Comme une servante accoutumée aux plus vils offices, Marie-Madeleine se penche vers ses pieds, et, sans les toucher d’abord, elle les arrose de larmes. Jamais, depuis le commencement du monde, de telles larmes n’étaient tombées sur les pieds de l’homme. On avait pu les adorer par crainte ou par amour ; on avait pu les laver dans les eaux embaumées, et des filles de roi n’avaient pas dédaigné, aux siècles de l’hospitalité primitive, cet hommage rendu aux fatigues de l’étranger : mais c’était la première fois que le repentir s’asseyait en silence aux pieds de l’homme, et y versait des larmes capables de racheter une vie.

Saint Léon le Grand

L’homme qui fait le bien tient de Dieu et l’achèvement de son oeuvre et le commencement de son vouloir. Quelqu’un désire-t-il savoir si habite en lui le Dieu dont il est dit : “Dieu est admirable en ses saints (Ps 67, 36)” ? Qu’il scrute par un examen loyal le fond de son coeur et recherche avec perspicacité quelle humilité il oppose à l’orgueil, avec quelle bonne disposition intérieure il combat la haine, dans quelle mesure il ne se laisse pas prendre aux paroles flatteuses et se réjouit du bien des autres ; qu’il examine s’il ne désire aucunement rendre le mal pour le mal et s’il préfère oublier les injures reçues plutôt que de perdre l’image et la ressemblance de son Créateur (cf. Gn 1, 26). Enfin, pour éviter que cet examen ne s’épuise en une enquête inquiète portant sur de multiples points, qu’il recherche si dans les secrets de son coeur se trouve la charité elle-même, mère de toutes les vertus ; et s’il découvre ce coeur tout entier tourné vers l’amour de Dieu et du prochain, jusqu’à vouloir que ses ennemis aussi reçoivent les biens qu’il souhaite pour lui-même, alors celui qui est dans cette disposition ne doit pas douter que Dieu le dirige et l’habite ; il lui fait un accueil d’autant plus magnifique qu’il se glorifie davantage non en lui-même, mais dans le Seigneur (1 Co 1, 31). Ceux, en effet, à qui il est dit : “Le royaume de Dieu est au-dedans de vous” (Lc 17, 21) ne font rien que par l’esprit de Celui dont la volonté les mène.

Louis Leprince-Ringuet

Tout acte fait avec amour peut servir à l’humanité et retomber sous forme de grâce sur tout le genre humain. La valeur d’un acte ne se mesure pas nécessairement à l’impact qu’il a sur le cours des choses, de l’histoire, elle se mesure à l’engagement qui l’a motivé, au cœur et à l’amour qui ont permis de le réaliser, et au rayonnement qu’il a sur l’autre.

Ce que j’admire le plus dans le message évangélique, c’est qu’il nous dit tout cela. C’est qu’il nous montre que nous pouvons, du plus petit au plus grand d’entre nous, par l’amour, être utiles à la marche du monde et avoir notre place sur terre.

Henri Le Saux

Le chrétien c’est celui qui vit avec les autres, celui qui, s’élevant, élève les autres, se sauvant, sauve les autres et jamais n’accapare rien pour soi-même, ni dans l’ordre temporel ni dans l’ordre spirituel.

Le chrétien porte en soi à chaque moment l’angoisse du salut du monde, du salut de chacun de ses frères, l’angoisse de l’accès de chacun à une vie toujours meilleure, sur le plan céleste comme sur le plan terrestre.

Henri de Lubac s. j.

Le vrai problème n’est pas de « chercher Dieu », car il y a des manières de le chercher qui sont des provocations, et toute recherche où l’homme se donne le premier rôle n’est-elle pas une provocation ? Le vrai problème est de se mettre dans des dispositions telles qu’on puisse espérer le trouver sans avoir même, pour ainsi dire, à le chercher. C’est d’arriver à comprendre que ces dispositions mêmes ne peuvent venir que de lui. Car c’est lui qui nous cherche et qui, à son heure, se manifestera à nous.

Chiara Lubich

Il faut offrir à la famille un point d’appui sûr, une aide qui lui vienne d’en haut : une forte spiritualité. Une spiritualité qui entraîne chacun des membres de la famille à puiser en Dieu comme à la source de l’amour et à découvrir dans les frères – et donc dans le mari, la femme, les enfants, en chaque prochain – le chemin pour aller à Dieu.


Au long des chemins abandonnés, sous la caresse du printemps, l’herbe nouvelle pousse et sans cesse la vie refleurit,
L’as-tu jamais remarqué ?
De même pour l’humanité qui t’entoure, si tu cesses de la regarder avec tes yeux de terre, et la réconfortes
au soleil divin de la charité.
L’amour surnaturel en toi est soleil qui ne laisse trêve à la vie qui renaît.
Il est vie, pierre angulaire de ton existence.
Nul besoin d’autre chose pour élever le monde, pour le rendre à Dieu.
Le beau langage, la distinction, le trait de génie, sont des talents qu’il ne faut certes pas négliger.
Mais pour le Royaume éternel, n’a de valeur que ce qui a le plus de vie.
La graine fade et insipide ne flatte pas le palais.
Sous la terre pourtant, elle produit de nouveaux fruits.
Ainsi en est-il de la vie en Dieu, de la vie du chrétien, du chemin incandescent de l’Eglise.

Jean-Marie cardinal Lustiger

Vous préférerez peut-être limiter vos ambitions pour ne pas être déçus ; vous vous résignez d’avance à un petit bonheur, à un petit succès.

Eh bien, non ! Ne vous résignez pas ! Ne choisissez pas la médiocrité ! Dieu veut pour vous le plus grand bonheur ! Au nom du Christ, je vous appelle à la plus haute ambition, l’ambition de l’amour, l’amour sans limite, la seule ambition qui ne déçoit pas, la seule ambition qui est digne de votre profond désir. Quel est donc votre plus profond désir ? Voilà la première question, la vraie question. Quel est le désir qui vous pousse ? Car c’est de votre désir, de votre recherche que dépend votre avenir. «  Que cherchez-vous ? », c’est la question que Jésus vous pose. Cherchez et vous trouverez, dit Jésus. Mais chercher quoi, ou chercher qui ?

L’amour, l’amour, c’est-à-dire apprendre à aimer, continuer d’aimer, aimer toujours davantage. Mais aimer qui ? Aimer comment ?

Aimer, c’est donner et se donner. Ce n’est pas se détruire mais au contraire s’accomplir. L’amour, c’est de ne pas penser à soi-même ni se chercher soi-même, mais vouloir le bien et le bonheur de l’autre, quel qu’il soit.

Dom Guy Mesnard

L’amour, en devenant plus vigoureux, tend à se répandre au dehors, à se communiquer comme une flamme, et il s’exprime par le service de Dieu et du prochain. Celui qui aime cherche à se donner à autrui. En cela, le chrétien imite de plus en plus Jésus qui a pris le rôle du serviteur, puis a donné sa vie pour nous. Celui qui a reçu un appel à suivre le Seigneur doit être très attentif à ce point : sa vocation se situe nécessairement dans la ligne de l’amour et du don de lui-même, de ses activités et de sa vie même. Ce don total sera le signe de la charité parfaite, selon la parole de notre Seigneur : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. »

Mais ce don total est susceptible de formes très diverses. On pense tout de suite au martyr qui sacrifie tout, y compris sa vie, en témoignage pour le Christ. Mais il y a aussi le don total de la profession religieuse, témoignage public d’une préférence absolue pour le Seigneur. L’engagement définitif dans les ministères ordonnés relève aussi de ce don complet. Cette puissance de la charité peut aussi conduire à mourir pour sauver le prochain, comme saint Maximilien Kolbe, ou, pour des parents, à se sacrifier pour le bonheur de leurs enfants. Comprenons que ce don total en dehors du martyre va devoir se monnayer tous les jours, dans la multiplicité des générosités que nous demande le Seigneur.

Marie Noël

Vous voilà, mon Dieu. Vous me cherchiez ? Que me voulez-vous ?  Je n’ai rien à vous donner.

Depuis notre dernière rencontre, je n’ai rien mis de côté pour vous.

Rien… Pas une bonne action. J’étais trop lasse.

Rien… Pas une bonne parole. J’étais trop triste.

Rien que le dégoût de vivre, l’ennui, la stérilité.

« Donne ! »

La hâte, chaque jour, de voir la journée finie sans servir à rien ; le désir de repos loin du devoir et des œuvres, le détachement du bien à faire, le dégoût de vous, ô mon Dieu !

« Donne ! »

La torpeur de l’âme, le remords de ma mollesse, et la mollesse plus forte que le remords…

« Donne ! »

Le besoin d’être heureuse, la tendresse qui brise, la douleur d’être moi sans secours…

« Donne ! »

Des troubles, des épouvantes, des doutes…

« Donne ! »

Seigneur ! Voilà que, comme un chiffonnier, vous allez en ramassant des déchets, des immondices. Qu’en voulez-vous faire, Seigneur ?

« Le Royaume des cieux. »

Blaise Pascal

Jésus est dans un jardin, non de délices comme le premier Adam, où il se perdit et tout le genre humain, mais dans un de supplices où il s’est sauvé et tout le genre humaine.


La connaissance de Dieu sans celle de sa misère fait l’orgueil. La connaissance de sa misère sans celle de Dieu fait le désespoir. La connaissance de Jésus-Christ fait le milieu, parce que nous y trouvons et Dieu et notre misère.

Saint Vincent de Paul

Ce n’est point quitter Dieu que quitter Dieu pour Dieu, c’est-à-dire une oeuvre de Dieu pour en faire une autre, ou de plus grande obligation, ou de plus grand mérite. Vous quittez l’oraison ou la lecture, ou vous perdez le silence pour assister un pauvre, oh ! sachez, mes filles, que faire tout cela, c’est le servir.

Car, voyez-vous, la charité est par-dessus toutes les règles, et il faut que toutes se rapportent à celles-là. C’est une grande dame. Il faut faire ce qu’elle commande.

Allons donc, et nous employons avec un nouvel amour à servir les pauvres, et même cherchons les plus pauvres et les plus abandonnés ; reconnaissons devant Dieu que ce sont nos seigneurs et nos maîtres, et que nous sommes indignes de leur rendre nos petits services.

Saint Padre Pio

Reste avec moi, Seigneur, car il est nécessaire de t’avoir présent pour ne pas t’oublier. Tu sais avec quelle facilité je t’abandonne.

Reste avec moi, Seigneur, parce que je suis faible. J’ai besoin de ta force pour ne pas tomber, sans toi je suis sans ferveur.

Reste avec moi, Seigneur, parce que tu es ma lumière. Montre-moi ta volonté pour que j’entende ta voix et te suive.

Reste avec moi, Seigneur, pour que je te sois fidèle, si pauvre que soit mon âme, elle désire être pour toi un lieu de consolation.

Reste avec moi, Seigneur, parce qu’il se fait tard et que le jour décline, la vie passe, l’éternité approche et il est nécessaire de refaire mes forces pour ne pas m’arrêter en chemin.

Reste avec moi, Seigneur, parce que j’ai besoin de toi dans cette nuit de la vie et des dangers, je ne demande pas les consolations divines, parce que je ne les mérite pas, mais le don de ta présence, oh oui ! je te le demande, Seigneur.

Reste avec moi, Seigneur, car c’est toi seul que je cherche, ton amour, ta grâce, ton cœur, ton esprit. Je t’aime et ne demande d’autre récompense que de t’aimer davantage.

Jean Racine

Mon Dieu, quelle guerre cruelle !

Je trouve deux hommes en moi :

L’un veut que, plein d’amour pour toi,

Mon cœur te soit toujours fidèle ;

L’autre, à tes volontés rebelle,

Me révolte contre ta loi.

L’un, tout esprit et tout céleste,

Veut qu’au ciel sans cesse attaché,

Et des biens éternels touché,

Je compte pour rien tout le reste ;

Et l’autre, pour son poids funeste,

Me tient vers la terre penché.

Hélas ! en guerre ave moi-même,

Où pourrai-je trouver la paix ?

Je veux, et n’accomplit jamais.

Je veux, mais – ô misère extrême ! –

Je ne fais pas le bien que j’aime,

Et je fais le mal que je hais.

Ô grâce, ô rayon salutaire !

Viens me mettre avec moi d’accord,

Et domptant par un doux effort

Cet homme qui t’est si contraire,

Fais ton esclave volontaire

De cet esclave de la mort.

Mgr Jean Rodhain

Le Christ n’a pas tout fait, lui qui aurait pu tout faire, et c’est une leçon pour les obsédés de la réussite intégrale. Je vois tant de chrétiens aux vocations de procureurs improvisés qui jugent l’Eglise à propos de la faim, du catéchisme, de la liturgie, de l’apostolat et à propos de tout, de tout ce qui reste à faire.

Je tiens à ma méditation sur « ce que le Christ n’a pas fait » parce que je pense au vertige de tant d’âmes authentiquement charitables : justement, parce qu’elles voient mieux la misère du monde, elles risquent de céder au découragement dès qu’elles font le bilan, le maigre bilan, de leurs réalisations.

Méditons sur tout ce que le Seigneur a fait. Mais aussi, je vous prie, sur ce qu’il aurait pu faire et qu’il n’a pas fait.

Michel Rondet s. j.

Nous avons tous rêvé l’Eglise et, lorsque la réalité nous paraît trop éloignée de ce rêve, nous sommes tentés de nous replier sur une vision « mystique » de l’Eglise. Nous oublions alors que la vérité de l’Eglise est d’ordre sacramentel. Elle est signe de salut en Jésus-Christ. Signe dans sa vie concrète, son devenir historique, dans cet inextricable mélange de sainteté et de péché, qui la caractérise depuis les origines. L’Eglise a notre visage et nous ne pouvons pas lui en donner un autre. C’est là que nous sommes appelés à rencontrer Jésus-Christ et à accueillir son Evangile.

Accepter L’Eglise, dans son visage historique, comme le sacrement du Christ, c’est renoncer radicalement au rêve d’une foi pure, aux tentations d’une religion élitiste. C’est se situer à la table des pécheurs que le Christ vient sauver.

Antoine de Saint-Exupéry

L’arbre n’est point semence, puis tige, puis tronc flexible, puis bois mort. Il ne faut point le diviser pour le connaître. L’arbre, c’est cette puissance qui lentement épouse le ciel. Ainsi de toi, mon petit d’homme. Dieu te fait naître, te fait grandir, te remplit successivement de désirs, de regrets, de joies et de souffrances, de colères et de pardons, puis il te rentre en lui. Cependant, tu n’es ni cet écolier, ni cet époux, ni cet enfant, ni ce vieillard. Tu es celui qui s’accomplit. Et si tu sais te découvrir branche balancée, bien accrochée à l’olivier, tu goûteras dans tes mouvements l’éternité.  Et tout autour de toi se fera éternel. Eternelle la fontaine qui chante et a su abreuver tes pères, éternelle la lumière des yeux quand te sourira la bien-aimée, éternelle la fraîcheur des nuits. Le temps n’est plus un sablier qui use son sable, mais un moissonneur qui noue sa gerbe.

Laurent Scupoli

Un assaut par lequel le démon pervers s’efforce de nous abattre complètement est l’épouvante qu’il nous inculque par le souvenir de nos fautes, pour que nous nous précipitions dans l’abîme du désespoir.

Certes, sois dans la douleur d’avoir offensé Dieu toutes les fois que tu y penses, mais demande-lui pardon dans la confiance que tu as en sa Passion. Je te dis davantage ; s’il te semblait que Dieu lui-même te dise que tu ne fais pas partie de ses brebis, tu ne devrais pour aucun motif cesser de mettre en lui ta confiance, mais tu devrais lui dire humblement : “Tu as bien raison, Seigneur, de me réprouver à cause de mes péchés, mais moi j’ai encore plus raison d’avoir confiance en ta miséricorde pour me pardonner. C’est pourquoi je te demande le salut de ta misérable créature, certes damnée du fait de sa malice, mais rachetée au prix de ton sang. Ô mon Rédempteur, je veux être sauvé pour ta gloire, et confiant en ton immense miséricorde, je m’abandonne entre tes mains. Fais de moi ce qu’il te plaira, parce que tu es mon seul Seigneur ; et même si tu devais me faire mourir, je voudrais encore mettre en toi mon espérance.”

Saint François de Sales

J’aime mieux être faible que fort devant Dieu, parce que les forts il les prend par la main alors que les faibles il les prend dans ses bras.

Georges Soubrier

Dans le sentiment de culpabilité, cela se passe entre moi et moi. Je me fais une image idéale de moi-même, je refuse mes propres limites et je ne peux pas souffrir l’inadéquation entre ce que je suis et ce que je voudrais être. Reconnaître le péché, c’est tenter de casser l’excessive recherche de soi-même. C’est se mettre en présence de Dieu, de l’autre. Se reconnaître coupable, c’est se mirer dans l’autodépréciation, alors que se reconnaître pécheur, c’est se décentrer de soi, pour faire la vérité devant Dieu qui nous accueille, qui nous révèle à nous-mêmes.

Sainte Edith Stein

Dès le matin lorsque nous nous réveillons, les devoirs et les soucis de la journée veulent déjà se jeter sur nous (lorsqu’ils n’ont pas déjà troublé le calme de la nuit). Ici se dresse l’inquiétante question : comment tout cela peut-il trouver place en une seule journée ? Comment puis-je mener à bien ceci et cela ? Ainsi poursuivi, on a envie de s’emporter et de se lancer au travail. C’est ici qu’il faut prendre les rênes en main et dire : Tout doux ! Avant tout rien ne doit s’approcher de moi maintenant. Ma première heure appartient au Seigneur. La tâche quotidienne qui m’incombe, je veux la mener à bien, et il me donnera la force d’en venir à bout. Je veux ainsi m’avancer devant l’autel de Dieu. Ici, il ne s’agit pas d’abord de moi et de mes petites affaires insignifiantes, mais plutôt du grand sacrifice expiatoire. Je peux y participer, et laisser jaillir la joie, et me mettre aussi avec toutes mes occupations et mes peines auprès de l’offrande sur l’autel. Et quand le Seigneur vient sur moi dans la communion, alors je peux lui demander : Qu’attends-tu de moi, Seigneur ?

Sainte Mère Teresa

Seigneur, quand je suis affamé,

Donne-moi quelqu’un qui ait besoin de nourriture.

Quand j’ai soif,

Envoie-moi quelqu’un qui ait besoin d’eau.

Quand j’ai froid,

Envoie-moi quelqu’un à réchauffer.

Quand je suis blessé,

Donne-moi quelqu’un à consoler.

Quand ma croix devient lourde,

Donne-moi la croix d’un autre à partager.

Quand je suis pauvre,

Conduis à moi quelqu’un dans le besoin.

Quand je n’ai pas le temps,

Donne-moi quelqu’un que je puisse aider un instant.

Quand je suis humilié,

Donne-moi quelqu’un dont j’aurai à faire l’éloge.

Quand je suis découragé,

Envoie-moi quelqu’un à encourager.

Quand j’ai besoin de la compréhension des autres,

Donne-moi quelqu’un qui ait besoin de la mienne.

Quand j’ai besoin qu’on prenne soin de moi,

Envoie-moi quelqu’un dont j’aurai à prendre soin.

Quand je ne pense qu’à moi,

Tourne mes pensées vers autrui.


Le véritable amour fait mal. Il doit toujours faire mal. Il doit être douloureux d’aimer quelqu’un ; douloureux de le quitter, on voudrait mourir pour lui. Quand des gens se marient, il faut qu’ils abandonnent tout pour s’aimer. La mère qui donne la vie à un enfant souffre beaucoup. Le mot Amour est si mal compris et si mal utilisé.

Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus

Un saint, ce n’est pas celui qui ne tombe pas, mais qui se relève toujours.


Je voudrais trouver un ascenseur pour m’élever jusqu’à Jésus, car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection. Alors j’ai recherché dans les livres saints l’indication de l’ascenseur, objet de mon désir, et j’ai lu ces mots sortis de la bouche de la Sagesse éternelle : « Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi » (Pr 9, 4). Alors je suis venue, devinant que j’avais trouvé ce que je cherchais et voulant savoir, ô mon Dieu ! ce que vous feriez au tout-petit qui répondrait à votre appel, j’ai continué mes recherches et voici ce que j’ai trouvé : « Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous balancerai sur mes genoux (Is 66, 12-13) ! Ah ! jamais paroles plus tendres, plus mélodieuses, ne sont venues réjouir mon âme, l’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela je n’ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus.

Paul Tillich

Tout temps est un temps d’attente, il attend l’irruption de l’éternité. Le moyen d’avoir Dieu, c’est de ne pas l’avoir. Mais bien qu’attendre soit n’avoir pas, c’est aussi avoir.

Jean Vanier

La tendresse est quelque chose de capital. La tendresse, c’est tenir le faible dans ses bras, c’est de ne jamais faire de mal à un faible, c’est l’icône de la mère et de l’enfant. La tendresse révèle le respect. La tendresse dit à l’autre qu’il est important. Elle est sécurisante car elle ne cherche pas à prendre, à posséder. Elle dit simplement : « Je suis heureux que tu existes. » Le cœur du cœur de l’Evangile se trouve dans ces paroles : « Soyez compatissant comme mon père est compatissant ; ne jugez pas et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés ; pardonnez et vous serez pardonnés (Lc 6, 36). »

François Varillon s. j.

Si vous me demandez pourquoi je suis chrétien, je vous répondrai : j’ai choisi l’Evangile comme éducateur de ma liberté.

La liberté ne consiste pas à faire ce qu’on veut mais à vouloir ce qu’on fait, c’est-à-dire à assumer la responsabilité de ses actes. Un homme n’est authentiquement un homme que lorsqu’il assume la responsabilité  de sa vie. Quand on se donne vraiment, quand on s’engage à fond pour les autres, il est évident que cela fait mal, demande de véritables sacrifices. Il faut savoir mourir à soi-même, car on est surtout esclave de soi-même, de ce « vouloir vivre » qui nous tient aux entrailles.

Saint Jean-Marie Vianney

Si nous n’avions pas le sacrement de l’Ordre, nous n’aurions pas notre Seigneur. Qui est-ce qui l’a mis là, dans ce tabernacle ? C’est le prêtre. Qui est-ce qui a reçu votre âme à son entrée dans la vie ? Le prêtre. Qui la nourrit pour lui donner la force de faire son pèlerinage ? Le prêtre. Qui la préparera à paraître devant Dieu, en lavant cette âme pour la dernière fois dans le sang de Jésus-Christ ? Le prêtre, toujours le prêtre. Et si cette âme vient à mourir, qui la ressuscitera ? Qui lui rendra le calme et la paix ? Encore le prêtre. Vous ne pouvez pas vous rappeler un seul bienfait de Dieu sans rencontrer, à côté de ce souvenir, l’image du prêtre.

André cardinal Vingt-Trois

Les épreuves inévitables dans une existence humaine comme dans l’histoire de toute société peuvent devenir les douleurs d’un enfantement si nous les vivons dans une réelle solidarité, si nous construisons une fraternité qui donne son fondement à la liberté et à l’égalité. C’est notre mission à nous, chrétiens, de reconnaître la force divine, l’Esprit du Christ, qui habite tout effort des hommes pour construire un monde meilleur.

Simone Weil

Les amants, les amis ont deux désirs. L’un de s’aimer tant qu’ils entrent l’un dans l’autre et ne fassent qu’un seul être. L’autre de s’aimer tant qu’ayant entre eux la moitié du globe terrestre leur union n’en souffre aucune diminution.

Mgr Pascal Wintzer

Nous sommes aujourd’hui guidés et comme conditionnés par une sorte d’impératif de “droit au bonheur”. Mais ceci est compris de telle manière que le bonheur serait au bout de nos efforts et de nos choix. Or, l’Évangile nous rappelle qu’il faut renoncer à soi-même pour se trouver : le bonheur se révèle alors comme le fruit de l’oubli de son propre désir d’être heureux et la conséquence d’une manière de vivre en harmonie avec la volonté de Dieu dans la louange désintéressée et l’action de grâce. Le célibat éduque à la chasteté qui est bien plus large que la seule abstinence sexuelle. La chasteté peut être cette attitude générale devant la vie qui nous établit dans une attitude d’accueil au contraire d’une attitude de captation. L’exercice d’un ministère dans l’Eglise doit aussi être chaste, sans volonté de domination ou d’appropriation de celui-ci ou des diverses missions reçues, ou bien des personnes. C’est aussi notre prière qui doit être chaste, sans chercher à mettre la main sur Dieu.

Le célibat comporte alors une dimension prophétique. Il manifeste que l’homme peut réaliser son humanité en dehors du seul épanouissement sexuel. Aujourd’hui, la liberté par rapport au pansexualisme peut être manifestée par le célibat, lorsque celui-ci est vécu dans la paix, et ne suscite pas des relations exécrables. Lorsqu’il est vécu pour la cause de l’Evangile, le célibat est signe du Royaume et de la vie dans le Royaume.

Maurice Zundel

Le plus grand miracle, c’est peut-être donner la joie à un être qui a de la peine. C’est le seul miracle que Dieu attende de nous : la diffusion de la joie.