L'Ivresque

« La lecture, une porte ouverte sur un monde enchanté »

Poésie ?

© Marc Leroy - Love and the Maiden de John Roddam Spencer Stanhope

Vallée du Célé

– Qu’allais-tu donc chercher sur le chemin sinon

La sécheresse, la soif et la lassitude ?

– Oui, ces misères ont été mes compagnons.

Ajoute à ta liste silence et solitude.

 

– Alors quel appel supérieur et quel ressort

Ont eu raison du si délicieux confort ?

– Une humble sagesse adversaire d’acédie

Qui de la trompeuse paresse est l’ennemi.

 

Elle m’invite à taire un instant mon quotidien,

Oublier mon superflu et mon saint-frusquin ;

Dans la nature, dans la bise, deviner

Le divin peintre, le poète inégalé.

 

Les cloches des troupeaux croisés sont les prémices

De celles des moines appelant aux offices,

Une supplique répétée à revêtir

L’habit de berger, l’allégresse pour servir.

 

Et quelle solitude plus légère quand on

Porte en son cœur, en ses prières, ses amis ?

Le chapelet devient le plus sûr des bourdons.

 

Aussi, lorsqu’en l’Assomption, ô jour béni,

Quelle joie de confier à la douce Vierge

Notre belle France selon le vœu de Louis XIII.

 

Les Ecrins

Nouveau Moïse gravissant la montagne sainte,

Invoque, abandonne-toi dans la douce étreinte

De la bise où l’Eternel parle. Médite

Sur ce paradis où les saisons cohabitent.

 

Printemps, éclatant de mille fleurs et fragrances ;

Été, sous tes rayons, les marmottes pavoisent ;

Automne, déployant ta palette de teintes ;

Hiver aux glaciers et torrents couleur turquoise.

 

Les cascades sont ici voiles de mariées,

Le jeune faon du Cantique des cantiques,

Un chamois agile dans un Éden mythique.

 

Vient alors le temps de la descente attristée,

Celui de la poésie, de la souvenance

Qui laisse dire : Heureux comme Dieu en France.

 

Combleux

Dragon endormi au bord de la Loire,
Étendu, pétrifié, fin de l’histoire ?
Arche oublié ou paradis : Combleux.
Le grand horloger y semble venir,
Quand décline ce jour, s’y assoupir
Las, plissant dans un rayon les yeux.

 

A la mer

Bonsoir ma douce amie, excusez l’importun

Inconstant que je suis, qui vient en pèlerin

Après une absence remplie de mille riens,

d’une évanescence et de perlimpinpin.

 

Laissez donc que l’on plie le genou et adore

Vos mystérieux abysses qui cachent faune, flore

Sous votre chevelure caressée par noroît

Et dont l’onde augure de nos marins l’effroi.

 

Miroir de nos âmes, reflet de nos passions,

Vos filles sont nos larmes, vos fils nos déraisons.

Permettez que la tête posée au creux des seins

De vos vaguelettes je rêvasse à demain.

 

Dans cette adoration, ô mer tu t’effaças

Pour que nous n’oublions Ave maris stella

Et qu’ainsi Notre Dame, phare de la Lumière,

Médiatrice des âmes, guide notre if au Père.

 

Cahors

Si la marche assoiffe et assèche, elle ressource et apaise ;

Si la fatigue se fait sentir, bientôt les jambes et les pieds endoloris empruntent ses ailes à Mercure ;

Si les pensées abondent, s’entrechoquent, délirent, elles laissent place ensuite à un grand vide où l’esprit semble parti ailleurs ;

Si la faim tiraille le ventre, bien vite inutile pleureuse, elle se fait alors discrète et timide compagne.

Et toutes ces âpretés, le caillou aigüe ou l’argile collante, le soleil qui brûle, la pluie qui trempe, ne sont sans commune mesure avec la beauté de la nature, le sourire de l’hôte, le repas offert sur la route, le verre de vin de Cahors qui réchauffe le cœur, l’oratoire où s’agenouiller un instant, la prière du soir qui remercie aujourd’hui et confie demain.

Ainsi, il n’y a pas de Passion sans Pâques, nulle souffrance sans charité, et les mille petites peines sont peu devant ces grandes joies dilatant le cœur capable de plus. La cendre du Phénix annonce toujours ses prochaines flammes et seule la lumière ne connaît pas son ombre.

 

Bois Rouge

Et le temps s’arrête à l’entrée du chemin raviné qui traverse les bois sarthois.

Toutefois, à l’aide de la petite clé, de la pendule arrêtée on a fait remonter les poids

Et remettant les aiguilles à leurs places, Chronos, par le carillon, crie victoire.

Quelle joie de retrouver là plaisirs si simples : caresser le bois de la vieille table et des bancs tordus,

entendre crépiter la pomme de pain dans l’âtre assoupi, sentir la terre humide des talus

sur lesquels autrefois maintes cabanes bâties devenaient des mondes aujourd’hui perdus.

Étendant le soir ma couche au pied du foyer, je veillais, ou plutôt me réveillais, régulièrement

afin que jamais il ne s’éteigne. Et au tout petit matin, deux chevreuils, sautant

comme des cabris, m’offraient le spectacle de leurs jeux insouciants.

Sédentaire et nomade, quelle étrange tension existe entre des racines qui, d’une terre,

ont su prélever le meilleur ; et le pollen de la fleur qui ne rêve qu’à parcourir la Terre,

sous les pattes d’abeilles ou par le hasard de la brise printanière.

Partir retrouver dans les musiques d’orient, de la bombarde le criard son,

ou exprimer dans les danses d’ailleurs toutes les passions

qui dévorent le coeur et que le rythme langoureux ou frénétique

exprime, expire, dans un mouvement cathartique.

Oui la vie doit être une danse et même la poésie n’en est qu’un reflet pâle.

Danser, écrire, rêver au clair de lune, sous les étoiles.

Et puis repartir à nouveau se disant avec Kessel que l’idéal,

le plus magnifique présent de Dieu est un beau cheval.

 

Avignon

Donnez-moi une selle et une voile,

J’écrirai des poèmes, vagabond.

Je chanterai la lune et les étoiles.

Si vient la faim, je danserai sur les ponts.

Si rôde la mort, je prierai Notre-Dame,

Avec foi, bec et ongles comme Avignon.