L'Ivresque

« La lecture, une porte ouverte sur un monde enchanté »

« Je vous donnerai des bergers selon mon coeur » (Jr 3, 15)

© Marc Leroy - Ordination à la basilique Sainte-Anne d'Auray

Depuis septembre se poursuit le travail commencé lors de mon année de discernement. Si cette année m’a donné le désir de passer de la tête au coeur, de l’intelligence sûre d’elle-même à l’humilité sûre de Dieu, combat de chaque jour, j’apprends aujourd’hui à redevenir aussi un petit enfant : « Celui qui se fera petit comme cet enfant, celui-là est le plus grand dans le royaume des Cieux. » (Mt 18, 4). Cet enfant qui s’émerveille de tout et ne se laisse jamais emporter par la lassitude. Cet enfant qui aime ceux qu’il croise, sans a priori, sans préjugé. Cet enfant qui sait demander pardon pour ses offenses. Cet enfant qui ne comprend pas tout, pas tout de suite, mais se remet en pleine confiance dans les mains de son Père.

Ainsi, contrairement à l’enfant gâté, qui symbolise bien notre naturel possessif et jamais rassasié — d’ailleurs la trottinette électrique abandonnée n’importe où semble afficher fièrement la victoire de cet enfant — contrairement à cet enfant, je réalise tardivement que l’enfant émerveillé et confiant doit redevenir notre exemple. Pour reprendre le chapitre 13 du livre de la Sagesse, je suis souvent ma propre idole : un bout de bois que je travaille, sculpte avec patience et application, je le dore de bonnes actions à certains endroits, le peint de réflexions intelligentes à d’autres, pour cacher mes noeuds et échardes dont la vue m’indispose ; je fixe ensuite à ma base le fer de ma situation, de mes richesses, pour prétendre à la solidité, à la stabilité. Et c’est sur ce bout de bois, sur moi seul, que je compte pour obtenir le bonheur, les honneurs, la réussite, pour me sauver. Alors, après m’avoir montré que ce fer n’est que fers d’esclavage, le Seigneur, patiemment et délicatement, détache l’or orgueilleux, ponce la peinture vaniteuse. Cela ne se fait pas sans résistance, sans douleur, sans plainte. Et puis, petit à petit, je réalise que dans ce bois mis à nu, le Seigneur y sculpte sa Croix. Il n’en a pas enlevé les échardes et les noeuds, mais il les met tout contre sa chair. Et alors, comme la brebis perdue retrouvée par le Bon Pasteur, moi qui croyait porter un fardeau, je réalise que, depuis le jour du Golgotha, je suis porté par le divin berger.

C’est ici que nous pouvons réfléchir à l’incroyable événement de Noël : le Tout-puissant se fait le Tout-Petit. Alors que nous avons souvent l’idée qu’il faut montrer sa force, son pouvoir, ses biens, celui qui est l’unique Puissant, nous a montré l’inverse. Sa force se déploie, non pas dans sa manifestation orgueilleuse et autoritaire, mais dans le don d’elle-même, dans une naissance humble et discrète, et dans le service des autres : « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. » (Jn 13, 14). A une époque où règne de plus en plus la loi du plus fort, où le faible est implacablement mis de côté, il est bon de méditer sur la vraie force, la vraie virilité, qui trouve sa raison d’être en se mettant au service du plus petit, substituant à la loi de la jungle, de la lutte pour la survie, la loi de la charité.

Notre temps est également celui de la crise de l’engagement, quelqu’il soit, et de la fidélité liée à l’engagement pris. Tant de nos contemporains crient leur détresse et leur soif d’amour, ce cri est l’appel du Seigneur pour que des hommes et des femmes offrent leurs vies pour les plus petits. Au conditionnement qui nous assure qu’il faut faire ce qu’on le veut, posséder et jouir, il est nécessaire de répondre que le sens de notre vie est à l’opposé, dans le service, le don et la charité. La Nativité du Christ nous dévoile ce bonheur vrai, cette joie profonde et nous devons donc entendre l’interrogation du Christ : « le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18, 8). Que trouvera-t-il dans notre coeur à Noël ?

Tournés vers celle qui a dit oui, celle qui nous montre le chemin, demandons à la Vierge Marie de choisir chacun de nos coeurs comme la crèche où à nouveau elle enfantera son divin enfant.

Très joyeux Noël à tous !