ANNONCIATION

La vierge Marie a fermé les yeux

Et voilé son cœur de ses deux paupières

Pour ne plus rien voir, pour entendre mieux

Un souffle qui fait trembler ses prières…

 

Un frisson le long du petit jardin

A couru… Qui vient ? La feuille nouvelle ?

Qui passe ?… Un oiseau sort du ciel. Soudain,

La graine des champs les sent partir d’elle.

 

Le vent sur le toit vient de rencontrer

Dessus un oiseau que l’azur apporte.

Qui vole ?… Le ciel a poussé la porte,

La porte a chanté, un Ange est entré.

 

Un Ange a parlé tout bas dans la chambre.

Toi seule, ô Marie, entends ce qu’il dit.

Toi seule dans l’ombre et le Paradis.

Il a semé Dieu tout grand dans tes membres.

 

Je ne l’ai pas vu. Mais en s’en allant

– J’étais sur le pas ému de la porte –

Il a laissé choir dans mon cœur tremblant

Un grain murmurant du Verbe qu’il porte.

 

Il a fait tomber à la place en moi

La plus ignorée et la plus profonde,

Un mot où palpite on ne sait quoi,

Un mot dans mon sein pour le mettre au monde.

 

Ah ! comment un mot sortira-t-il bien

De moi que voilà qui suis peu savante ?

Mais le Saint Esprit – je suis sa servante –

S’il veut qu’il me naisse y mettra du sien.


 

CHANT DE LA VIERGE MARIE

MARIE

Je me hâte, je prépare
Car nous entrons en Avent,
Je me hâte, je prépare
Le trousseau de mon enfant.
Joseph a taillé du hêtre
Pour sa couchette de bois.

LES ANGES

Les Juifs tailleront du hêtre
Pour lui dresser une croix.

MARIE

J’ai fait de beaux points d’épine
Sur son petit bonnet rond.

LES ANGES

Nous avons tressé l’épine
En couronne pour son front.

MARIE

J’ai là des drapeaux de toile
Pour l’emmailloter au sec.

LES ANGES

Nous avons un drap de toile
Pour l’ensevelir au sec.

MARIE

Un manteau de laine rouge
Pour qu’il ait bien chaud dehors.

LES ANGES

Une robe de sang rouge
Pour lui couvrir tout le corps.

MARIE

Pour ses mains, ses pieds si tendres,
Des gants, des petits chaussons

LES ANGES

Pour ses mains, ses pieds si tendres
Quatre clous, quatre poinçons.

MARIE

La plus douce des éponges
Pour laver son corps si pur.

LES ANGES

La plus dure des éponges
Pour l’abreuver de vin sûr.

MARIE

La cuillère qui tourne, tourne,
Dans sa soupe sur le feu.

LES ANGES

La lance qui tourne, tourne,
Dans son cœur. Un rude épieu.

MARIE

Et, pour lui donner à boire,
Le lait tiède de mon sein.

LES ANGES

Et, pour lui donner à boire,
Le fiel prêt pour l’assassin.

MARIE

Au bout de l’Avent nous sommes,
Tout est prêt, il peut venir…

LES ANGES

Tout est prêt, tu peux venir,
O Jésus, sauver les hommes.